Belgique, Santé

Quelle mansuétude envers l’alcool

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Le tabac est un poison, c’est certain. Il détruit l’appareil respiratoire dès le plus jeune âge. Il provoque des cancers, gâte l’haleine et la dentition, incommode le partenaire du fumeur. Les ravages du tabagisme passif ne sont plus à démontrer, à tel point que le vice-président de l’Association belge des syndicats médicaux, qui donne rarement des conseils de santé en tant que syndicaliste, a proposé une carte blanche dans la presse quotidienne demandant l’interdiction du tabac à l’intérieur du domicile pour protéger les enfants.
Les campagnes incessantes contre cette soi-disant drogue « douce », se justifient donc pleinement, même si les jeunes semblent braver la mort qui les guette en continuant leur consommation, en dépit du prix prohibitif du paquet.
Mais, en parallèle, quelle mansuétude envers l’alcool ! Le vin relève de la culture sinon de l’art, les apéritifs alimentent des discussions comparatives dans le vent, la publicité, toujours autorisée, nous présente de jeunes consommateurs, métro-sexuels fringants, dignes représentants des élites mondialisées dans des villes exotiques à la mode.
L’alcool est considéré comme un rite de passage pour les jeunes adultes, notamment mâles. Qui n’a pas eu sa cuite avant 17 ans, n’est pas un homme, c’est entendu. Et lorsque le jeune homme rentre à quatre pattes au milieu de la nuit, il entraîne des sourires entendus et alimente des conversations bien peu réprobatrices lors des fêtes de famille.
Le cinéma a banni la cigarette mais les personnages des séries tant américaines que françaises, s’envoient allègrement des flutes de champagne dans le gosier à toute occasion. L’alcool est omniprésent au cinéma et à la télé. Il semble qu’après chaque contrariété, les héros et héroïnes se « détendent » avec un bon verre. Une banalisation de cette autre drogue « douce » très inquiétante car c’est précisément comme ça qu’on sombre dans l’alcoolisme : lorsque pour lutter contre le stress et le burnout, on ne peut s’empêcher de se servir deux petits verres le soir au souper.
Contre cette plaie-là, la mobilisation est nettement moindre et la politique fiscale plus légère. On ne parle guère de bouteille sans marque et on n’oserait pas apposer une bonne grosse cirrhose du foie sur l’étiquette d’un Château-Margaux.
Faut-il rappeler qu’un homme n’a jamais violé une femme ou écrasé un piéton sous l’influence de la cigarette ? L’alcool, lui, ne tue pas que le consommateur. Il abêtit. Il transforme les citoyens honnêtes en bestiaux.
Il est donc plus que temps que les autorités s’emparent aussi de ce fléau.

 

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Belgique

Ma bagnole autonome, c’est ma liberté

Bagnolele,

Le slogan des Trente glorieuses, ‘Ma bagno

c’est ma liberté’, revient en force avec l’avènement des voitures autonomes, la plupart électriques.

Le monde de l’automobile et des transports en sera bouleversé. Des investissements gigantesques (bornes, portails,…) sont nécessaires, mais on estime que dans 15 ans, on pourrait entrer dans le vif du sujet, et même avant pour les taxis sans chauffeur.

Des projets-pilotes ont été mis en branle. Google, notamment, travaille sur ce concept simple en apparence. Le conducteur a en effet le choix entre conduire sa voiture lui-même ou brancher le pilote automatique. Dans ce dernier cas, devenu passager, il peut travailler pendant ses trajets, soit jusque deux heures par jour. Selon des études de MacKinsey et Google, reprises par Paris-Match (26/11/2015), un milliard d’heures pourraient ainsi être économisées chaque jour dans le monde.

Mais ce n’est pas tout: la voiture autonome occupe beaucoup moins d’espace de parking. Un gain évalué par les mêmes sources à 5,7 milliards de m² rien qu’aux États-Unis, soit cinq fois la ville de New York.

Même si l’initiative intéresse vivement les géants des technologies de l’information, les grands constructeurs automobiles traditionnels seront sollicités, vu leur know-how. Ainsi, Toyota compte lancer une flotte de voitures autonomes à l’horizon 2020. Elles circuleront sans chauffeur sur les grands axes mais pas encore dans les centres-ville, trop complexes. D’ores et déjà les nouvelles Crown et Prius sont équipées en option d’un système ITS (Intelligent Transportation System) qui permet une communication avec les autres véhicules et une synchronisation avec des feux de signalisation équipés d’un radar laser (une vingtaine le sont à Tokyo à titre de test). Si le chauffeur s’apprête à brûler le feu, la voiture s’arrête automatiquement.

À l’heure où la ministre fédérale de la mobilité, Jacqueline Galand, ne sait plus où donner de la tête pour réduire le nombre d’accidents sur la route, notons que la voiture autonome ferait baisser ce nombre de 90%. En effet, dans la majorité des accidents, l’erreur est humaine.

Couplé à une ubérisation bien pensée, on pourrait imaginer une utilisation plus pertinente du parc automobile disponible avec un partage plus important des véhicules entre utilisateurs.

Si la voiture autonome est combinée à un moteur électrique, on se retrouve dans un cas de figure entièrement neuf par rapport au regard qu’on porte sur l’automobile: adulée dans les années 60 et 70, abhorrée en ce début de 21e siècle, réhabilitée peut-être en 2025 parce que non-polluante…

Le hic: la voiture se situe au coeur du conflit individualisme/collectivisme. Elle continue d’être vue comme un moyen de transport « bourgeois » versus des transports en commun « sociaux ». La voiture de société est un privilège, souvent réservé aux fonctions de directions, aux cadres moyens et supérieurs.

Le gars seul dans sa voiture occupant à lui tout seul un espace éhonté, un pollueur égotiste et agressif ? C’est nier que l’automobile répond à un besoin d’indépendance et une territorialité inhérents à l’être humain.

Les thuriféraires verts qui nous dirigent, surtout en Région bruxelloise, doivent dépasser l’approche anachronique du « tout transport en commun ». Si elle devient plus autonome et moins dépendante des hydrocarbures, l’automobile continuera à l’avenir de jouer un rôle primordial en matière de mobilité.

 

Opinion parue sur levif.be le 21 décembre 2015

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Art et culture

Star Wars perverti par Disney

Dark VadorL’épisode VII de Star Wars est à mille lieues des attentes des fans. Summum du réchauffé, il est un copier-coller de l’épisode IV, sans l’effet de surprise de l’époque. Harrison Ford/Han Solo se caricature lui-même et Carrie Fischer est une grand-maman galactique bien sympathique mais dispensable. Les nouvelles recrues, Daisy Ridley et John Boyega, ont le charisme d’une huitre. Le nouveau Dark Vador la joue petit bras.

On pouvait s’attendre au pire avec le rachat de la « franchise » Star Wars par Disney et la mise sur la touche de George Lucas. Eh bien, le pire est arrivé. JJ Abrams, flanqué du scénariste des origines, Lawrence Kasdan, a raté le pari de relancer cette épopée galactique mythique.

Premier écueil : le scénario. Il est la pâle copie de l’épisode IV. Le message de la princesse Leia caché dans le disque dur de R2D2 est remplacé par une mystérieuse carte planétaire déposée dans le tiroir (!) ventral de BB8, le nouvel androïde encore plus nunuche que son aïeul. L’objectif est identique : faire exploser la nouvelle étoile noire, en fait : une véritable planète transformée en canon géant qui avale l’énergie des étoiles pour la recracher sous forme de rayon laser géant. Cela vous rappelle-t-il quelque chose ?

Le « Premier Ordre » s’est substitué à l’Empire. Il dispose également d’une armée de stormtroopers, sauf qu’il ne s’agit plus de clones. La référence au national-socialisme est si appuyée (salut nazi copie-conforme), qu’on s’en amuse. Le général Hux (Domhnall Gleeser) tente vainement d’imiter Hitler. Grotesque.

En 2015, les moyens techniques permettent de faire absolument tout ce qu’on veut. Et ils sont au rendez-vous, absolument somptueux. Mais à quoi bon en l’absence d’une trame solide ? JJ Abrams, à qui l’on doit une excellente resucée de Star Trek, aurait été mieux avisé de choisir de tous nouveaux scénaristes et repartir mille ans après sur un mythe entièrement revisité. Le choix de Lawrence Kasdan, complice de la première heure de Georges Lucas, constitue le péché originel.

Deuxième faiblesse : le casting. Daisy Ridley (Rey), croisement de Hugo Weaving (l’agent Smith dans Matrix) et Kira Knightley, grimace plus qu’autre chose. John Boyega (Finn) pourrait assurément faire partie de la distribution des prochains Expendables mais échoue à nous émouvoir. Le choix d’un Britannique d’origine nigériane dans le leading role est louable, mais n’est pas Idris Elba qui veut. Quant au nouveau Dark Vador (Adam Driver/Kylo Ren), il a encore des boutons d’acné et ne fait peur à personne. Son masque de carnaval en tête de cochon est aussi trivial qu’inutile (puisque le personnage n’a pas besoin de respirateur). Au contraire d’Anakin, Kylo, passé du côté obscur, essaie de résister à la Lumière de la Force. Il n’y succombera pas malgré les suppliques de son père, qui n’est autre qu’Han Solo qui l’a conçu avec Leia. Cette révélation, qui devait constituer le clou du spectacle, est elle-aussi plutôt téléphonée. Rien à voir avec la profondeur de Vador révélant sa paternité à Luke dans l’épisode V.

Autant le retour des trois vieux schnoques fait sourire autant, paradoxalement, le film repose sur leurs épaules : Han Solo, omniprésent en éternel adolescent qui rit tout seul de ses feintes, la princesse Léia (devenue générale Organa), petite pomme ratatinée dont on a peine à croire qu’elle dirige la nouvelle Résistance et Luke Skywalker sur qui se concentrent toutes les recherches bien qu’on se demande pourquoi.

Disney oblige, tout est aseptisé pour ne pas choquer les moins de 12 ans. On est loin de la noirceur de l’épisode III (passage d’Anakin vers le côté obscur) ou la maturité du V (révélation de la filiation entre Vador et Luke). Il ne reste rien de la philosophie des Jedis, à mi-chemin entre boudhisme et christianisme.

Les invraisemblances sont nombreuses : comment, 25 ans après l’épisode VI qui terminait en happy end, l’Empire, vaincu, a-t-il fait place au Premier Ordre ? Qui est ce mystérieux Guide suprême Snoke, géant hologramme, qui a dévoyé Kylo Ren ? On n’a pas le temps de prendre connaissance des restes de la République que la nouvelle étoile noire la détruit…

Joyeuse cacophonie que ce Réveil de la Force.

Certes, l’épisode IV, Un Nouvel Espoir, sorti en 1977 n’était pas d’une qualité irréprochable. Inexpérimenté, Mark Hamil était souvent à côté de ses pompes. Mais nous étions moins difficiles à l’époque et la saga avait l’avantage de l’originalité. On sort donc de la vision du Réveil de la Force d’autant plus effondré que l’attente fut longue.

Finalement, seul le tiroir-caisse tintinnabule et c’était peut-être l’unique objectif de cette séquelle. Mais les jeunes gens ou les quinquagénaires fans de la première heure ne se laisseront pas prendre, dans deux ans, aux sortilèges de l’épisode VIII.

Mais restons optimistes : il y aura dans les 5 ans à venir plus d’épisodes de Star Wars et dérivés que pendant 30 ans. Selon certains fans, le Guide suprême pourrait n’être autre que Darth Plagueis, le maître de l’Empereur Palpatine que celui-ci prétendait dans la Revanche des Sith avoir tué pendant son sommeil. Or Plagueis a le pouvoir de faire revenir les morts. L’épisode VII ne serait alors qu’une transition vers d’autres développements du mythe…

 

 

 

 

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International

Qui arrêtera Marine Le Pen ?

marine-le-pen_245043kLa France sous le choc ? Même un enfant de huit ans aurait pu prévoir le succès du Front national aux dernières élections régionales. C’est plutôt l’étonnement des éditorialistes qui étonne. Tous les sondages, cette fois, avaient préparé le terrain.

Depuis 25 ans, un grand voile recouvre les problèmes liés à la délinquance, l’immigration, le chômage. En France comme chez nous.

Les fameuses « bonnes questions mais mauvaises réponses » (Laurent Fabius) du Front national ont enfermé gauche et droite classiques dans le déni. Les partis traditionnels sont tétanisés par des thématiques qui renvoient aux « pires heures de notre histoire ». La fille Le Pen fait choux gras, qui les aborde sans complexe.

L’opinion publique a été enfumée par une presse aveugle et sourde voyant systématiquement une causalité exclusivement sociale dans les « incivilités » en développant une approche culpabilisatrice sur les épaules des seules autorités en place et refusant d’aborder les problèmes de front. Une nouvelle version du « Sanglot de l’homme blanc », pamphlet publié par Pascal Bruckner en 1982. La faute à la France, encore et toujours.

La diabolisation permanente du FN lui a donné une virginité de martyr. Laurent Joffrin le patron de Libération en a reconnu la contre-productivité. En parallèle, le FN a squatté les plateaux de télé sans réels contradicteurs, tel est le paradoxe de cette onde de choc. Marine Le Pen ne fait qu’une bouchée de journalistes connaissant mal leur dossier ou qui ont peur de l’affronter. A moins qu’ils ne partagent son avis, reproche fait à RMC notamment.

L’erreur diabolique de Nicolas Sarkozy dès 2007 a été de s’aventurer sur les terres du Front national, prétendant apporter des réponses à une opinion inquiète. Les frontières, la criminalité, les territoires perdus de la République ? Je m’en occupe. On connaît la suite. En l’absence d’améliorations quantifiables, les électeurs ont vite repris le chemin de l’original. Les promesses non tenues en matière de flux migratoires et le maintien en l’état des prébendes, des régimes spéciaux de retraite, des 35 heures et du très épais Code du travail ont détourné le peuple français du « rempart contre l’extrême droite » qui traîne aujourd’hui toutes les marques de casseroles. Une nuit des longs couteaux l’attend au siège de Les Républicains, un parti plus menacé que jamais d’implosion.

D’autant que dans le même temps, « Marine » a recentré le parti de son père pour le débarrasser de ses scories fascistes et antisémites. Les crânes rasés ont été priés de prendre la porte.

François Hollande, candidat improbable, profitant de la chute de DSK et du ras-le-bol qu’inspirait Sarkozy, pas du tout taillé pour la fonction présidentielle, s’est contenté d’observer le « suicide français », décidant de ne rien décider. Le chômage a poursuivi sa course (+ 40.000 sans-emplois, rien qu’en novembre). L’histoire ne se souviendra que du mariage pour tous. C’est dire la minceur de son bilan.

Le spectre des migrants et le fiasco de l’attentat du 13 novembre seulement 9 mois après Charlie Hebdo et la supérette kascher ont fait le reste. Chômage, terrorisme, sécurité et migration sont les trois premières motivations du vote de dimanche dernier. Ils correspondent aux tabous français autour desquels un débat serein semble impossible. Le FN s’y engouffre avec délectation. Marion Maréchal le Pen se fiche du « cordon sanitaire » idéologique. Elle l’a répété : un homme en djellaba n’a rien à faire en France. Elle n’a pas à surveiller son langage, c’est une force considérable. Comme Gilbert Collard qui propose de mettre les vrais républicains au zoo. Chez Les Républicains, justement, seule Nadine Morano a franchi le pas avec la « race blanche ». Elle a été privée de campagne régionale.

La faiblesse du programme économique du FN ? C’est un fait mais ses électeurs ont d’autres préoccupations. Ils s’en fichent comme d’une guigne.

Marine Le Pen, qui veut récupérer les principales Souverainetés (monnaie, législation, frontière), a toujours un ou deux coups d’avance sur « l’UMPS ».

Les diatribes de « Marine la folle-dingue » contre Schengen depuis des années ? L’implosion du système sous nos yeux lui donne raison. L’UE admet l’indispensabilité de plus de contrôles aux frontières. On remonte les clôtures et les barbelés.

Un frein aux migrants ? Idée insupportable il y a quelques mois pour la France et l’Allemagne, voici que le couple franco-allemand s’y résout. Après que Berlin en ait enregistré 960.000 cette année sans contrôle suffisant, de l’aveu même du ministre allemand de l’Intérieur, Thomas de Maizière. Les passeports syriens se vendent à l’encan.

L’Euro ? Les Français qui ont vu comme nous leur pouvoir d’achat fondre n’y trouvent plus leur compte. Après la longue nuit de la monnaie européenne si peu protectrice, ils rêvent comme la présidente du FN de leur ancien franc. Ah ! récupérons l’arme de la dévaluation compétitive et la croissance économique redémarrera…

L’Union européenne ? La crise grecque a achevé de convaincre le Français des errements de l’Europe. Le dumping social des Est-Européens est une réalité. Le marché de l’UE est un moulin pour les exportateurs émergents, sans réciprocité automatique. La super-technocratie bruxelloise n’apprend rien. Elle vient de conclure un jeu de dupe avec l’islamo-conservateur Erdogan, meilleur allié de l’EI qui lui vend du pétrole brut à bas prix. Le deal consiste à échanger le maintien de 2 millions de réfugiés syriens contre 3 milliards d’euros, des visas pour les Turcs et une énième promesse à la Turquie d’intégrer l’Union. De quoi alimenter le fantasme du Grand remplacement. Même si Erdogan n’a nullement l’intention d’arrimer son mini-Empire ottoman à l’UE, quel Français voudrait dans ces conditions d’une Europe encore plus fédérale ?

La comparaison avec la Corée du Sud, 55 millions d’habitants, tigre asiatique champion du high-tech, fait rêver. Pourquoi la France, avec 67 millions d’âmes, ses écoles d’ingénieur renommées, ses 300 fromages et son made in France, ne pourrait pas se débrouiller toute seule, sans l’UE ? Martin Schultz, le président du Parlement européen l’a compris : « L’Union européenne est en danger. Personne ne peut dire si l’UE existera encore en l’état dans dix ans », a-t-il déclaré dans une interview publiée mardi par le quotidien allemand Die Welt. Il estime à juste titre que la construction européenne n’est « pas sans alternative ».

Pourquoi nos dirigeants semblent toujours avoir un métro de retard ?

Même en géopolitique, le FN fait mouche. L’alliance avec Poutine contre Daesh ? Impensable jusque récemment pour Hollande, adepte de la religion des droits de l’homme contre le nouveau Tsar. 130 morts après, le Président français et son clone Obama fait un virage à 180°. Il collabore étroitement avec le despote pétersbourgeois. Principe de réalité. Là aussi, Marine Le Pen, forte d’une absence totale de scrupule, le recommandait depuis longtemps.

A chaque fois, il semble jusqu’ici que les événements donnent raison à la fille de Jean-Marie.

Qui arrêtera le Front bleu marine ? On a beau se frotter les yeux, la mine contrite des commentateurs politiques ne prêtent pas à l’optimisme. Même si le FN ne remporte aucune présidence de Région dimanche prochain, la victoire est nette. Soit on combat le FN sur son propre terrain et on se voit reprocher de faire son jeu, soit on garde sa « dignité » républicaine et on est accusé d’évacuer les vrais problèmes des gens. Un jeu perdant-perdant particulièrement toxique.

Ce dont les Français (et les Belges d’ailleurs) ont besoin, ce n’est pas d’un énième éditorial effarouché à propos d’un FN ne respectant pas les « valeurs démocratiques », mais des actes concrets.

 

Article paru sur levif.be le 11/12/2015

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International

Après le carnage, ne pas persévérer dans l’erreur

Bataclan.jpgAprès le 11 septembre français, « planifié en Syrie, organisé en Belgique et perpétré en France avec des complicités françaises », selon les mots du président François Hollande, on en sait un peu plus sur la physionomie de notre ennemi, l’Etat islamique (EI).

Comme l’ont confirmé plusieurs anciens juges anti-terroristes comme Marc Trevidic, chercheurs éclairés, intellectuels musulmans modernistes, l’Etat islamique (EI) recrute jeunes hommes et jeunes femmes par milliers au Grand Moyen-Orient et en Europe. L’organisation peut remplacer au fur et à mesure ses soldats morts au combat. On a laissé grandir l’EI jusqu’à ce qu’il devienne une hydre puissante. Elle est dotée d’un trésor de guerre qui lui rapporte plusieurs millions de dollars par jour, contrôle un territoire grand comme le Portugal et dispose d’une armée constituée de 30.000 soldats avec notamment des chars américains cédés à l’Irak. Elle a une capitale, Raqqa, une communication, un magazine officiel en arabe et en anglais, des informaticiens et des experts en réseau sociaux.

En France, face aux 10.000 fonctionnaires de la DGSI (100 par département seulement), le nombre de fichés « S » n’est pas connu avec certitude : au Petit Journal de Canal Plus, Manuel Valls parle de 20.000 dont 10.700 liés au djihadisme alors que le chiffre avancé par Laurent Wauquiez (Les Républicains) tournait autour 4.000 djihadistes présumés sur 10.000. Jusqu’à récemment, ils se promenaient en toute liberté. D’autres ne sont pas fichés et échappent au radar. En Belgique, la Sureté de l’Etat ne pouvait jusqu’à récemment screener qu’un terroriste présumé sur trois.

On sait maintenant que la théorie du loup solitaire ne tient plus : on est face à des groupes structurés soudés par des liens d’amitié ou familiaux, hiérarchisés et organisés. Des propriétaires de débits de boisson ou de night-shops sont soupçonnés de blanchir l’argent du terrorisme (le café des Abdeslam a été récemment perquisitionné). Le célèbre logeur qui est devenu viral sur les réseaux sociaux est soupçonné d’avoir offert une planque aux terroristes survivants qui s’apprêtaient à se faire sauter dans le quartier de La Défense.

Didier Reynders a déclaré sur la chaîne ABC, repris par le JT de France 2 (25/11), que 10 personnes dangereuses se terrent en Belgique prêtes à frapper mais le ministre a précisé ensuite avoir été mal interprété. L’apprendre sur une chaîne étrangère ajoute à la confusion. A cet égard, la France se révèle plus efficace : aux hommes politiques les grandes phrases, au procureur de la République les avancées de l’enquête.

Prévenir une attaque est complexe dans nos sociétés ouvertes et libertaires. Elles sont particulièrement vulnérables à de tels ennemis de l’intérieur.

Leur prosélytisme prospère sur internet mais aussi dans les librairies spécialisées, à Saint-Denis comme à Molenbeek. On n’y vend pas Les Mille et une Nuits ni les meilleurs romans de Yasmina Khadra ou Kamel Daoud mais le poison qotbiste né il y a un siècle. Cette idéologie islamiste, à la source de tous nos maux, se répand a coup de pétrodollars qu’on alimente chaque fois qu’on remplit le réservoir de notre voiture.

Il est urgent d’investiguer la manière dont la secte Daesh (car c’est de cela qu’il s’agit) transforme de jeunes décervelés, musulmans ou convertis, en bombes humaines via l’entourage, en prison, sur la Toile, ou dans des mosquées salafistes qui ont pignon sur rue. Dans le portrait de Brahim Abdelsam qu’en fait son ex-femme (Het Laatste Nieuws, 18/11), le kamikaze n’a pas le profil d’un sociopathe : petite frappe, électricien raté mais pas mauvais bougre, de parents ouverts et modernes. Comment est-ce possible ? Abdelhamid Abaaoud, « cerveau » des attentats de Paris, qu’on a montré transportant sans aucun pathos des cadavres comme on le ferait de sacs poubelles paraît, par contre, plus atteint psychiquement.

La descente aux enfers (car c’est bien leur destination finale) des djihadistes suit presque toujours un cheminement semblable, comme l’explique Farhad Khosrokhavar, professeur à l’EHESS-CNRS (Le Point n°2254, 19/11) : une enfance sans histoire, une adolescence difficile, une vie adulte vide de sens, une bonne dose de victimisation, un narcissisme exacerbé et enfin une « renaissance » après un passage par les camps d’entraînement de Daesh. Autrement dit, « la radicalisation précède l’islamisation ».

Bien que la composante ultime de l’EI fasse plus penser au terrorisme d’extrême gauche comme la Rote Armee Fraktion qui a frappé l’Europe dans les années 70 et 80, on est bien face à éléments fascisants. Mais en plus, L’EI a une dimension mortifère et millénariste. Son dessein est d’anticiper la fin du monde. C’est « Viva la muerte », plus une dose de Captagon, Call of Duty mais en vrai.

Sommes-nous tous coupables d’attentisme, comme le clament certains ?

Il est certain que par électoralisme, certains hommes politiques ont fermé les yeux en recouvrant les problèmes d’un grand voile. La « doctrine Moureaux », appliquée bien au-delà de Molenbeek, faite d’accommodements déraisonnables a débouché sur une sorte de religion du déni : par définition, les électeurs ouailles ne pouvaient qu’être bien intentionnés.

Politiques et universitaires ont joué aux « idiots utiles de l’islamisme ». Il ne fallait pas désespérer les cités immigrées déjà socialement fragiles. Comme naguère, ces intellectuels sartriens qui cautionnaient les horreurs du régime soviétique pour « ne pas désespérer Billancourt », c’est-à-dire la classe ouvrière de l’époque, face au patronat et au capitalisme. L’enfer est pavé de bonnes intentions : à l’arrivée, ces populations suscitent aujourd’hui encore plus de méfiance. Habiter Molenbeek fait désormais tache sur un CV et c’est injuste.

Depuis 25 ans, quiconque se posait des questions était relégué, y compris par nous les journalistes, dans le camp xénophobe. On a perdu un temps précieux alors que depuis longtemps on sentait ce qui se tramait.

La stratégie ? Ne jamais agir, mais réagir aux événements, après l’inéluctable.

Ce qui était interdit ou impossible hier relève, 130 morts plus tard, de l’évidence, comme renoncer à la guéguerre froide contre Vladimir Poutine, devenu subitement notre allié ces dernières semaines ou assigner à résidence les personnes rentrant de Syrie…

Aujourd’hui, sortir du déni est une priorité. Il faut faire le ménage, fermer les mosquées radicales, expulser les prêcheurs de haine. Les populations ghettoïsées, premières victimes de la délinquance protéiforme, sont demandeuses. La commission contre le terrorisme et un FBI européen vont dans la bonne direction.

Il faut aussi être plus sélectif face aux nouveaux arrivants. Avant d’en faire nos compatriotes, veillons à ce qu’ils partagent le socle intransigible de valeurs européennes : laïcité, égalité des sexes, respect de l’autre, liberté d’expression, droit au blasphème et à l’apostasie. C’est leur épargner un choc des cultures salutaire et constitue un bon test pour une intégration future.

Ce sont les préalables indispensables pour que, demain, nous ne nous jetions pas les uns contre les autres. Le piège tendu par les dirigeants de Daesh est trop grossier pour qu’on tombe dedans.

 

Opinion parue sur le Vif.be le 26 novembre 2015.

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Santé

Maternalisme estudiantin

étudiantsLes étudiants en médecine viennent d’apprendre qu’ils ne passeront pas les parties A et B constituant l’épreuve de fin de 1er BAC menant aux numéros Inami le jour de l’examen respectif mais toutes les parties B en une seule journée. Seule la note relative à la partie B détermine la place de l’étudiant dans le concours de sélection. Il se doit donc impérativement d’y être en ordre très utile.

Le Cium (Comité interuniversitaire des étudiants en médecine) parle aussitôt de « coup de tonnerre en faculté de médecine » car il était question « de passer classiquement les examens de chaque partie (A et B) le jour de l’examen ». Les doyens ont changé d’avis sans aucune concertation avec les représentants étudiants. Soit.

Mais qu’on nous permette de douter de la toxicité d’un tel revirement pour les étudiants. Si leur mémoire est à ce point défaillante qu’ils ont oublié la matière d’anatomie quelques semaines après le passage devant le professeur, s’en souviendront-ils 9 ans plus tard lorsqu’il s’agira d’examiner un patient ?

Certes, on peut raisonnablement être sceptiques par rapport à ceux qui nous expliquent que la pléthore continue de régner dans le corps médical.

Mais la Flandre, contributrice aux deux tiers des recettes de la sécurité sociale fédérale, a organisé depuis belle lurette une examen d’entrée avant les études de médecine et continue de croire qu’un contingentement rationnel est indispensable contre une politique de l’offre de soins induisant la demande. C’est son droit.

Un fastidieux marchandage a eu lieu entre la ministre fédérale de la Santé publique, promettant des numéros Inami à tous les étudiants actuellement en faculté contre une épreuve de sélection valable. S’en est suivie l’exigence de la part de la Fédération Wallonie-Bruxelles d’un cadastre robuste et évolutif.

Une fois le deal signé entre Maggie De Block et Jean-Claude Marcourt, les doyens ont la main pour organiser l’épreuve et il serait temps qu’on arrête cette mascarade pour s’occuper des sujets sérieux, en premier lieu la qualité de la formation dont tant d’étudiants se plaignent à juste titre.

Electoralisme et jeunisme oblige, les autorités politiques francophones ont souvent caressé les étudiants dans le sens du poil. Il est temps qu’on leur tienne un langage de vérité viril au lieu de les materner sans cesse.

Editorial paru dans le Journal du médecin le 13/11/2015

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International

Et si le TTIP était bon pour l’Europe ?

USALe Partenariat transatlantique de commerce et d’investissement, mieux connu sous son acronyme anglais TTIP, suscite peurs et incompréhensions. Le tissu associatif, mutuelles et syndicats en premier, a sonné le signal d’alarme. A juste titre car le fait accompli est un peu la marque de fabrique de l’Union européenne. Et lorsque les accords sont signés, il est trop tard. Pêle-mêle, on reproche aux négociateurs européens de brader le service public, d’évacuer l’exception culturelle, de museler le pouvoir politique, de mettre en danger la santé publique, de déréguler à tout crin et notamment la politique du médicament et de sacrifier notre protection sociale sur l’autel de Cours arbitrales internationales au-dessus des états et des lois.

Sentant l’odeur de la révolte, la commission européenne et en particulier sa commissaire en charge du commerce, Cecilia Malmström, ont ces dernières semaines, mené une campagne de réhabilitation de « leur » accord tant il est vrai que tout n’est certainement pas à jeter dans ces discussions.

Bien sûr, il s’agit ici d’un long catalogue de bonnes intentions à ne pas prendre pour argent comptant. Toutefois, si l’Europe ne fait plus rêver, il faut continuer d’écouter ses arguments avec vigilance mais sans sectarisme. En ces temps troublés, tout rapprochement entre les deux pôles démocratiques les plus importants de la planète n’est sûrement pas à jeter avec l’eau du bain.

Pour commencer, il faut préciser que, comme les accords signés au sein de l’Organisation mondiale du commerce, le TTIP est un accord de libre-échange qui vise à lever des barrières douanières considérées comme obstacles techniques au commerce.

L’objectif est de « réduire fortement les droits de douane sur les marchandises importées, permettre aux entreprises des deux côtés de l’Atlantique de soumissionner pour l’obtention de contrats de marchés publics, ouvrir les marchés des services et faciliter les investissements ». En multipliant les échanges, l’Europe escompte la création de centaines de milliers d’emplois.

Comme l’affirmait déjà le 20 décembre 2013, à l’issue du 3e cycle de négociation entre l’UE et les Etats-Unis, à Washington, le négociateur en chef de l’UE, Garcia Bercero, l’accord « préserve les normes les plus élevées en matière de protection des consommateurs, de l’environnement, de la santé et des travailleurs ».

Plutôt que déréglementer, il s’agirait selon les mots des négociateurs de « coopérer pour réglementer ensemble ». Le principe est simple : créons des règlements qui soient similaires dès le départ, plutôt que devoir les adapter ensuite.

Ce marché transatlantique plus intégré respecterait le droit de chaque partie de réglementer les questions liées à la protection de la santé et de la sécurité alimentaire « au niveau qu’elle juge approprié », précisent les négociateurs qui affirment ne pas vouloir interférer dans l’autonomie des états.

Prenons l’exemple de l’homologation des médicaments qui fait peur aux mutuelles. De part et d’autre de l’Atlantique, les standards sont élevés et exigeants. Pourquoi ne pas coopérer afin de réduire les redondances d’exigences tout en s’entendant sur un degré élevé de protection du consommateur ? Rapprocher ces procédures, comme on a commencé à le faire par le passé, contribuerait « à une réduction sensible des coûts », espèrent les autorités européennes.

La commissaire suédoise UE au commerce Cecilia Malmström l’a martelé : « L’accord n’oblige à rien. Aucune des parties intervenant dans les négociations ne peut obliger l’autre à faire quoi que ce soit ». Chacune d’elles espère en obtenir le plus possible, « mais l’accord final doit être acceptable tant pour les États-Unis que pour l’UE ».

Même chose en matière de services publics, affirme la commissaire suédoise : Les accords commerciaux entre l’UE et les Etats-Unis « n’empêchent pas les administrations à tous les niveaux de fournir ou d’encourager la fourniture de services dans des domaines tels que l’approvisionnement en eau, l’éducation, les soins de santé et les services sociaux ».

Rien ne nous obligerait non plus (ni les Américains d’ailleurs) à privatiser notre administration, à restreindre ou à étendre les services offerts à la population. Un équilibre approprié entre les services publics et privés relèvent de notre bon vouloir. Par exemple, le TTIP n’entraverait « aucunement la capacité des administrations à maintenir une qualité de service public élevée en matière de santé ». Les Etats sont « libres d’organiser les services publics à leur guise ». L’industrie de la culture « sera respectée dans sa spécificité ». Un chapitre spécifique du TTIP « encourage le développement durable ». Et gouvernements et députés européens « auront de toute façon le dernier mot ».

Quant à ceux qui doutent légitimement qu’on assiste aux négociations « les plus transparentes qui aient jamais été menées au niveau européen », on renverra le lecteur sur la page internet explicative spécialement dédiée. A lui de se faire une idée…

Opinion parue le 11/11/2015 sur levif.be

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