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Après l’innommable, ne pas chercher de causalité

Après l'innommable, ne pas chercher de causalité

Face à des barbares qui tiennent plus à la mort que nous à la vie, l’erreur de l’homme occidental, de l’Européen cartésien, serait de chercher à tout prix une explication rationnelle au deuil qui frappe notre pays.

Venger des frères bombardés en Syrie ? Pour autant que cette idée ait traversé le cerveau étroit des bombes humaines made in Belgium, on ne voit pas quel soulagement une famille syrienne échouée à Lesbos pourrait trouver devant le spectacle de corps d’enfants belges déchiquetés dans le métro Maelbeek.

La colonisation ? L’Afrique du Nord a été tour à tour colonisée par les Arabes, les Ottomans, les Français et les Italiens. On a beau chercher : c’est à mille lieues des préoccupations de nos djihadistes, nés en France ou en Belgique parfois de la troisième génération.

Nous ne sommes pas non plus responsables de l’éclatement de la Syrie ni de celle de l’Irak (les Européens étaient opposés à la 2e Guerre d’Irak menée par G. Bush Junior) ; l’intervention en Libye se justifiait a priori face à un tyran qui promettait des « rivières de sang » au peuple de Benghazi. Les Printemps arabes et le chaos qui s’en est suivi a surpris les chancelleries européennes et il est difficile d’y déceler une faute si ce n’est a contrario notre mode de vie qui a servi d’aimant à certains Arabes épris de liberté.

La précarité, la discrimination ? Sans être riches, nos terroristes locaux ne sont pas des super-pauvres. Leur scolarité est parfois chaotique, mais pas forcément. Bénéficier d’un logement social relève en Belgique d’une certaine banalité et ne prédispose pas au crime de masse, que je sache. En outre, si les 600.000 chômeurs belges avaient de telles envies de meurtre, nous serions devant une guerre totale.

La haine de l’Occident ? La volonté de détruire la société européenne occidentale permissive et libre ? Oui sans doute. Mais elle est profondément injuste et déplacée. En dépit des discriminations incontestables, le système social et éducatif belge donne à chacun de réelles chances d’épanouissement personnel et professionnel. Chez nous comme en France, enseignement, universités, santé, sport et loisirs sont particulièrement accessibles.

La Palestine ? L’Etat islamique semble s’en soucier comme d’une guigne et ses sbires locaux également. L’EI, qui est d’ailleurs combattu par le Hezbollah libanais chiite, n’a pas manqué d’ailleurs de railler la « mollesse » du Hamas.

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Ces tueurs veulent nous tuer aveuglément, quelles que soient nos croyances ou nos valeurs

Le fanatisme religieux ? Nous avons en Belgique une propension à attribuer aux religions tous les maux de la terre, mais en l’occurrence, chez les Merah, El Bakraoui, Laachraoui et autre Abdeslam, c’est plutôt la mécréance (le manque de connaissance réelle de l’orthodoxie coranique) qui les caractérise. Il ne faut cependant pas sous-estimer l’espoir fou d’emmener au Paradis des proches égarés après s’être fait sauter. Les associations qui luttent contre la radicalisation sont formelles : cette forme de résurrection mortifère joue un rôle. Par ailleurs, la prise de certaines substances désinhibantes n’est pas à négliger.

C’est donc plutôt du côté du nihilisme que se trouve la clé : celui des révolutionnaires russes des années 1860-80 ou peut-être celui des Espagnols criant « Viva la muerte ! », un cri de ralliement du camp franquiste pendant la guerre d’Espagne.

De quelle que manière dont on retourne le problème, l’erreur magistrale serait de nous sentir coupables de quoi que ce soit. De grâce, ne succombons pas au syndrome de Stockholm, consistant pour une personne séquestrée à trouver toutes les excuses à son geôlier.

Ces tueurs veulent nous tuer aveuglément, quelles que soient nos croyances ou nos valeurs. Point à la ligne.

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Déchéance de nationalité : un symbole fort

Déchéance de nationalité : un symbole fort

Le débat qui agite la France et la Belgique en particulier à propos de la déchéance de la nationalité des soldats de l’Etat islamique qui rentrent au pays ne laisse pas d’étonner.

Officiellement, Christine Taubira, opposante farouche, en a lâché son poste de Garde des Sceaux pour mieux lancer son dernier livre. En Belgique, tandis qu’on a appris incidemment que ces returnees ont pleinement droit à notre sécurité sociale, la gauche de la gauche en mange son chapeau. Les opposants à la mesure estiment que cela ne servirait à rien. Que c’est un faux débat…

Lors du dernier Des Paroles et des Actes (France 2), la mère d’une convertie, mariée à un djihadiste, demandait à un Nicolas Sarkozy médusé si elle pourrait élever l’enfant né des oeuvres de sa fille et du facho-islamiste et si l’enfant serait français… La question avait quelque chose de surréaliste. Est-ce le cadet de nos soucis face à ces ennemis de l’intérieur ?

Certains parlent de ces tueurs comme s’il s’agissait d’expatriés qui ont tenté, que sais-je ?, l’aventure de l’aide au développement ou encore quelque touristes, entrepreneurs ou missionnaires jésuites.

Certains agitent déjà le spectre d’un Guantanamo belge.

Ces enfants chéris se feraient abuser sur la Toile ne comprenant qu’arrivés à Raqqa dans quel merdier ils se sont mis et ne penseraient alors qu’à une chose : revenir dans les bras de leur mère. On s’émeut qu’une fois au pays, on les mette au sec dans une cellule pour examiner leur dangerosité.

On croit rêver. Où est passée la morale de la responsabilité individuelle ?

Loin d’évacuer à l’avance des explications psychanalytiques ou des théories sur le phénomène sectaire qui nous aident à avancer. Loin de nier l’apport essentiel des associations de terrain qui travaillent à la déradicalisation, il faudrait remettre l’église au milieu du village.

Ces meurtriers, bien souvent nés chez nous, dans un environnement social loin d’être préoccupant, sont partis volontairement, animés par la haine de leur pays de naissance et bien décidés à apprendre à manier les armes pour nous détruire. Trahissant toutes les valeurs et les avantages offerts par nos sociétés démocratiques et tolérantes, déjà une petite dizaine d’entre eux ont inauguré l’attentat suicide sur sol européen tandis que, selon Le Figaro, 8.000 attendent, rien qu’en France, de nous occire.

Il est temps de s’émanciper de cette propension qu’ont certains à déifier les Droits de l’homme. Il n’y a pas de démocratie pour les ennemis de la démocratie. Ces énergumènes doivent être traités pour ce qu’ils sont.

Toute voie de droit doit être prise contre eux et la déchéance de la nationalité (et de tous les droits y afférents) pour tous les coupables de terrorisme naturalisés ou qui possèdent la double nationalité est une des armes juridiques que nous possédons. Elle doit être utilisée. Pour la création sui generis d’apatrides, faisons confiance à la créativité des juristes internationaux pour essayer de trouver une solution qui ne nous lie pas pieds et poings à ces djihadistes.

La déchéance de nationalité, même si elle ne concerne que quelques centaines d’individus, est un symbole fort pour les complices, soutiers, logisticiens, artificiers.

En parallèle, les perquisitions de nuit sont indispensables. De deux choses l’une : ou bien la personne perquisitionnée est innocente et il s’agit d’un acte d’une grande violence à son endroit ou bien elle est coupable et il n’y aucune raison de la laisser roupiller et risquer qu’elle nous échappe. Faudrait-il en plus lui apporter le petit déjeuner avec croissant ? De même, la garde à vue de 24 heures est insuffisante pour recueillir les preuves, comme l’a rappelé Georges Dallemagne sur les ondes de la RTBF et n’en déplaise à certains magistrats politisés.

C’est pourquoi, en matière d’hyper-terrorisme, il faut cesser ces débats stériles comme s’il s’agissait d’introduire une heure de gymnastique en plus dans les écoles. Cela nous divise face à la guerre idéologique qui doit être menée ensemble, toutes origines confondues.

L’Union fait la force.

 

Opinion parue dans LEvif.be le 16/02/2016

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2016 : dix raisons d’espérer

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Les Belges ont le moral au plus bas, selon plusieurs sondages. L’année 2015 est perçue comme l’annus horribilis. Et pourtant, il y a de nombreuses raisons d’espérer pour notre fédération, notre pays et notre continent. Une société a le devoir de rester optimiste pour échapper au déclin. Voici dix raisons d’espérer :

  1. L’économie. Selon l’Union wallonne des entreprises, nos PME se portent bien. L’image de la Belgique écornée à juste titre par les événements du Bataclan ne semble pas en souffrir dans ses capacités d’exportation. Notre pays reste une marque forte. Le chômage bruxellois et wallon, avec respectivement 18% et 13% de la population active est plus bas que jamais même s’il reste trop élevé chez les jeunes avec des taux, chez les moins de 25 ans, qui atteignent 26,8% à Bruxelles, 16,3% en Flandre et 31,6% en Wallonie. C’est contre ce fléau que la plateforme Alliance for Youth a signé mercredi dernier un partenariat avec les services publics en charge de l’emploi et de la formation. La plateforme rassemble des entreprises comme Nestlé, Axa, Adecco, EY, IBA, IBM, Securex et Sodexo rejoints par Deloitte et Engie. « En un an, 1.186 emplois et 560 stages ont été créés par les membres pour les travailleurs de moins de 30 ans », explique la plateforme. « L’objectif sera de créer 1.900 opportunités en 2016 pour ce public cible. »

2.La sécurité sociale. Véritable roc traversant les tempêtes financières, notre sécu tient bon. De nombreux peuples dans le monde nous l’envient. Même si la santé publique passe par-dessus la tête de nos compatriotes par ignorance, un récent accord entre médecins et mutuelles nous assure pour deux ans un accès très large et relativement bon marché à des soins de qualité. Et quand la santé va…

  1. L’Etat islamique. L’avenir le dira mais l’attaque de Paris a peut-être été son chant du cygne. En Syrie et en Irak, il subit des pertes importantes. Les « salaires » de ses djihadistes ont été rabotés de moitié. Ses ressources financières, notamment pétrolières, sont touchées. Une coalition rassemblant USA, France et Grande-Bretagne, collabore étroitement avec la Russie et les pays de la région pour bouter l’EI hors du Grand Moyen-Orient. Certes, telle une hydre, le mouvement terroriste millénariste peut renaître. Il se déplace sournoisement en Libye et rameute toute la lie du continent africain. Le combat sera long. Mais la défaite de Daesh est inéluctable. La secte facho-islamiste n’a pas les moyens de détruire les démocraties occidentales.
  2. Les migrants. Après une période d’euphorie qui a vu, une nouvelle fois, nos élites sombrer dans une certaine forme de délire empathique, l’heure est au pragmatisme. A l’exception du très crédule Jean-Claude Juncker et du gogo Louis Michel qui nous fait une énième colère feinte, les hommes politiques européens font face. Humanisme, oui ; angélisme non. Nos capacités d’accueil sont largement atteintes. Et les reconduites à la frontière ont commencé pour les imposteurs. Il faut dire qu’il était devenu difficile de nier l’aspiration des peuples. Les Belges par exemple font preuve d’une grande maturité face au phénomène migratoire. Dans un sondage IPSOS pour Le Soir et RTL-TVI, 96% pensent qu’on a accueilli trop ou suffisamment de migrants en Belgique. Seuls 4% pensent qu’on en accueille « trop peu ». Prescients, les sondés se déclarent tout à fait d’accord (52%) ou plutôt d’accord (29%) avec l’affirmation selon laquelle « l’afflux de réfugiés en Europe et en Belgique représente un problème pour notre façon de vivre ». Ils ne sont cependant que 30% à avoir réellement changé leur mode de vie. Cette prise de conscience n’aurait pas été possible sans les réseaux sociaux.
  3. La mobilité. Après la cacophonie autour de la fermeture du tunnel Stéphanie, il semble qu’ayant touché le fond, les autorités de la capitale européenne aient rebondi. Un plan est en place pour sauver les tunnels bruxellois, élément essentiel de la mobilité et donc de la prospérité de la Région de Bruxelles et de son Hinterland. On verra assez vite si les investissements déjà lourds et les nombreuses expropriations pour mettre à 4 voies les lignes Bruxelles-Nivelles et Bruxelles-Ottignies ne s’avèrent pas vains. L’abandon du RER sud est tout simplement inenvisageable. Et à entendre Paul Magnette, je gage qu’on le bouclera coûte que coûte.
  4. Le nationalisme flamand recule. Ni les Belges ni les Flamands ni même les électeurs de la N-VA ne suivent Bart De Wever dans sa quête chimèrique pour l’indépendance de la Flandre. Même s’il faut rester vigilant, le spectre de la disparition de la Belgique semble s’éloigner.
  5. L’Europe. L’idée qu’on ne peut pas tout faire au niveau européen et certainement pas le ramassage des ordures, fait son chemin. L’Europe est là pour les grands projets type Ariane Espace, Airbus, armée européenne et les niveaux national et régional pour les dossiers qui passent au-dessus de la tête des technocrates de Bruxelles. La stigmatisation teintée d’arrogance des Européens de l’Est par les Ouest-Européens semble aussi s’effilocher face au principe de réalité.

8.La pauvreté. C’est le paradoxe de la tant honnie mondialisation : ils sont des centaines de millions par an à sortir de la pauvreté grâce aux investissements internationaux. L’économiste sud-américain Hernando de Soto Polar ne cesse d’opposer des démentis à la nouvelle coqueluche de la télé, Thomas Piketty et ses théories : les pauvres ne meurent pas de trop de capital mais parce qu’ils en manquent.

  1. La science. Rien ne l’arrête. Après la découverte que l’autisme est largement d’origine génétique, on avance quant à l’origine « physiologique » de la schizophrénie. De quoi cesser de culpabiliser les parents comme on l’a fait depuis 30 ans. Les neurosciences ouvrent des champs immenses de guérison. Les médicaments « personnalisés » sans effets secondaires révolutionneront les thérapies au cours de ce siècle. La bactériologie ne cesse de progresser. Les maladies infectieuses sont en voie d’être maîtrisées. Après l’éradication de la polio, celle du paludisme ?
  2. L’art. D’illustres exemples historiques l’attestent : lorsque l’art se meurt, le déclin guette. Or notre continent foisonne d’initiatives dans toutes les formes artistiques. Les musées, salles de concert, théâtres, cinémas et expositions ne désemplissent pas.

Comme le dit Roger Pol-Droit dans son dernier livre*, rêver à un futur meilleur est une question de dignité humaine. C’est le meilleur antidote contre la décadence.

 

* « L’espoir a-t-il un avenir – En finir avec le pessimisme », Flammarion. (Avec Monique Atlan).

Opinion parue dans levif.be le 2/02/2016

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Qui arrêtera Marine Le Pen ?

marine-le-pen_245043kLa France sous le choc ? Même un enfant de huit ans aurait pu prévoir le succès du Front national aux dernières élections régionales. C’est plutôt l’étonnement des éditorialistes qui étonne. Tous les sondages, cette fois, avaient préparé le terrain.

Depuis 25 ans, un grand voile recouvre les problèmes liés à la délinquance, l’immigration, le chômage. En France comme chez nous.

Les fameuses « bonnes questions mais mauvaises réponses » (Laurent Fabius) du Front national ont enfermé gauche et droite classiques dans le déni. Les partis traditionnels sont tétanisés par des thématiques qui renvoient aux « pires heures de notre histoire ». La fille Le Pen fait choux gras, qui les aborde sans complexe.

L’opinion publique a été enfumée par une presse aveugle et sourde voyant systématiquement une causalité exclusivement sociale dans les « incivilités » en développant une approche culpabilisatrice sur les épaules des seules autorités en place et refusant d’aborder les problèmes de front. Une nouvelle version du « Sanglot de l’homme blanc », pamphlet publié par Pascal Bruckner en 1982. La faute à la France, encore et toujours.

La diabolisation permanente du FN lui a donné une virginité de martyr. Laurent Joffrin le patron de Libération en a reconnu la contre-productivité. En parallèle, le FN a squatté les plateaux de télé sans réels contradicteurs, tel est le paradoxe de cette onde de choc. Marine Le Pen ne fait qu’une bouchée de journalistes connaissant mal leur dossier ou qui ont peur de l’affronter. A moins qu’ils ne partagent son avis, reproche fait à RMC notamment.

L’erreur diabolique de Nicolas Sarkozy dès 2007 a été de s’aventurer sur les terres du Front national, prétendant apporter des réponses à une opinion inquiète. Les frontières, la criminalité, les territoires perdus de la République ? Je m’en occupe. On connaît la suite. En l’absence d’améliorations quantifiables, les électeurs ont vite repris le chemin de l’original. Les promesses non tenues en matière de flux migratoires et le maintien en l’état des prébendes, des régimes spéciaux de retraite, des 35 heures et du très épais Code du travail ont détourné le peuple français du « rempart contre l’extrême droite » qui traîne aujourd’hui toutes les marques de casseroles. Une nuit des longs couteaux l’attend au siège de Les Républicains, un parti plus menacé que jamais d’implosion.

D’autant que dans le même temps, « Marine » a recentré le parti de son père pour le débarrasser de ses scories fascistes et antisémites. Les crânes rasés ont été priés de prendre la porte.

François Hollande, candidat improbable, profitant de la chute de DSK et du ras-le-bol qu’inspirait Sarkozy, pas du tout taillé pour la fonction présidentielle, s’est contenté d’observer le « suicide français », décidant de ne rien décider. Le chômage a poursuivi sa course (+ 40.000 sans-emplois, rien qu’en novembre). L’histoire ne se souviendra que du mariage pour tous. C’est dire la minceur de son bilan.

Le spectre des migrants et le fiasco de l’attentat du 13 novembre seulement 9 mois après Charlie Hebdo et la supérette kascher ont fait le reste. Chômage, terrorisme, sécurité et migration sont les trois premières motivations du vote de dimanche dernier. Ils correspondent aux tabous français autour desquels un débat serein semble impossible. Le FN s’y engouffre avec délectation. Marion Maréchal le Pen se fiche du « cordon sanitaire » idéologique. Elle l’a répété : un homme en djellaba n’a rien à faire en France. Elle n’a pas à surveiller son langage, c’est une force considérable. Comme Gilbert Collard qui propose de mettre les vrais républicains au zoo. Chez Les Républicains, justement, seule Nadine Morano a franchi le pas avec la « race blanche ». Elle a été privée de campagne régionale.

La faiblesse du programme économique du FN ? C’est un fait mais ses électeurs ont d’autres préoccupations. Ils s’en fichent comme d’une guigne.

Marine Le Pen, qui veut récupérer les principales Souverainetés (monnaie, législation, frontière), a toujours un ou deux coups d’avance sur « l’UMPS ».

Les diatribes de « Marine la folle-dingue » contre Schengen depuis des années ? L’implosion du système sous nos yeux lui donne raison. L’UE admet l’indispensabilité de plus de contrôles aux frontières. On remonte les clôtures et les barbelés.

Un frein aux migrants ? Idée insupportable il y a quelques mois pour la France et l’Allemagne, voici que le couple franco-allemand s’y résout. Après que Berlin en ait enregistré 960.000 cette année sans contrôle suffisant, de l’aveu même du ministre allemand de l’Intérieur, Thomas de Maizière. Les passeports syriens se vendent à l’encan.

L’Euro ? Les Français qui ont vu comme nous leur pouvoir d’achat fondre n’y trouvent plus leur compte. Après la longue nuit de la monnaie européenne si peu protectrice, ils rêvent comme la présidente du FN de leur ancien franc. Ah ! récupérons l’arme de la dévaluation compétitive et la croissance économique redémarrera…

L’Union européenne ? La crise grecque a achevé de convaincre le Français des errements de l’Europe. Le dumping social des Est-Européens est une réalité. Le marché de l’UE est un moulin pour les exportateurs émergents, sans réciprocité automatique. La super-technocratie bruxelloise n’apprend rien. Elle vient de conclure un jeu de dupe avec l’islamo-conservateur Erdogan, meilleur allié de l’EI qui lui vend du pétrole brut à bas prix. Le deal consiste à échanger le maintien de 2 millions de réfugiés syriens contre 3 milliards d’euros, des visas pour les Turcs et une énième promesse à la Turquie d’intégrer l’Union. De quoi alimenter le fantasme du Grand remplacement. Même si Erdogan n’a nullement l’intention d’arrimer son mini-Empire ottoman à l’UE, quel Français voudrait dans ces conditions d’une Europe encore plus fédérale ?

La comparaison avec la Corée du Sud, 55 millions d’habitants, tigre asiatique champion du high-tech, fait rêver. Pourquoi la France, avec 67 millions d’âmes, ses écoles d’ingénieur renommées, ses 300 fromages et son made in France, ne pourrait pas se débrouiller toute seule, sans l’UE ? Martin Schultz, le président du Parlement européen l’a compris : « L’Union européenne est en danger. Personne ne peut dire si l’UE existera encore en l’état dans dix ans », a-t-il déclaré dans une interview publiée mardi par le quotidien allemand Die Welt. Il estime à juste titre que la construction européenne n’est « pas sans alternative ».

Pourquoi nos dirigeants semblent toujours avoir un métro de retard ?

Même en géopolitique, le FN fait mouche. L’alliance avec Poutine contre Daesh ? Impensable jusque récemment pour Hollande, adepte de la religion des droits de l’homme contre le nouveau Tsar. 130 morts après, le Président français et son clone Obama fait un virage à 180°. Il collabore étroitement avec le despote pétersbourgeois. Principe de réalité. Là aussi, Marine Le Pen, forte d’une absence totale de scrupule, le recommandait depuis longtemps.

A chaque fois, il semble jusqu’ici que les événements donnent raison à la fille de Jean-Marie.

Qui arrêtera le Front bleu marine ? On a beau se frotter les yeux, la mine contrite des commentateurs politiques ne prêtent pas à l’optimisme. Même si le FN ne remporte aucune présidence de Région dimanche prochain, la victoire est nette. Soit on combat le FN sur son propre terrain et on se voit reprocher de faire son jeu, soit on garde sa « dignité » républicaine et on est accusé d’évacuer les vrais problèmes des gens. Un jeu perdant-perdant particulièrement toxique.

Ce dont les Français (et les Belges d’ailleurs) ont besoin, ce n’est pas d’un énième éditorial effarouché à propos d’un FN ne respectant pas les « valeurs démocratiques », mais des actes concrets.

 

Article paru sur levif.be le 11/12/2015

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Après le carnage, ne pas persévérer dans l’erreur

Bataclan.jpgAprès le 11 septembre français, « planifié en Syrie, organisé en Belgique et perpétré en France avec des complicités françaises », selon les mots du président François Hollande, on en sait un peu plus sur la physionomie de notre ennemi, l’Etat islamique (EI).

Comme l’ont confirmé plusieurs anciens juges anti-terroristes comme Marc Trevidic, chercheurs éclairés, intellectuels musulmans modernistes, l’Etat islamique (EI) recrute jeunes hommes et jeunes femmes par milliers au Grand Moyen-Orient et en Europe. L’organisation peut remplacer au fur et à mesure ses soldats morts au combat. On a laissé grandir l’EI jusqu’à ce qu’il devienne une hydre puissante. Elle est dotée d’un trésor de guerre qui lui rapporte plusieurs millions de dollars par jour, contrôle un territoire grand comme le Portugal et dispose d’une armée constituée de 30.000 soldats avec notamment des chars américains cédés à l’Irak. Elle a une capitale, Raqqa, une communication, un magazine officiel en arabe et en anglais, des informaticiens et des experts en réseau sociaux.

En France, face aux 10.000 fonctionnaires de la DGSI (100 par département seulement), le nombre de fichés « S » n’est pas connu avec certitude : au Petit Journal de Canal Plus, Manuel Valls parle de 20.000 dont 10.700 liés au djihadisme alors que le chiffre avancé par Laurent Wauquiez (Les Républicains) tournait autour 4.000 djihadistes présumés sur 10.000. Jusqu’à récemment, ils se promenaient en toute liberté. D’autres ne sont pas fichés et échappent au radar. En Belgique, la Sureté de l’Etat ne pouvait jusqu’à récemment screener qu’un terroriste présumé sur trois.

On sait maintenant que la théorie du loup solitaire ne tient plus : on est face à des groupes structurés soudés par des liens d’amitié ou familiaux, hiérarchisés et organisés. Des propriétaires de débits de boisson ou de night-shops sont soupçonnés de blanchir l’argent du terrorisme (le café des Abdeslam a été récemment perquisitionné). Le célèbre logeur qui est devenu viral sur les réseaux sociaux est soupçonné d’avoir offert une planque aux terroristes survivants qui s’apprêtaient à se faire sauter dans le quartier de La Défense.

Didier Reynders a déclaré sur la chaîne ABC, repris par le JT de France 2 (25/11), que 10 personnes dangereuses se terrent en Belgique prêtes à frapper mais le ministre a précisé ensuite avoir été mal interprété. L’apprendre sur une chaîne étrangère ajoute à la confusion. A cet égard, la France se révèle plus efficace : aux hommes politiques les grandes phrases, au procureur de la République les avancées de l’enquête.

Prévenir une attaque est complexe dans nos sociétés ouvertes et libertaires. Elles sont particulièrement vulnérables à de tels ennemis de l’intérieur.

Leur prosélytisme prospère sur internet mais aussi dans les librairies spécialisées, à Saint-Denis comme à Molenbeek. On n’y vend pas Les Mille et une Nuits ni les meilleurs romans de Yasmina Khadra ou Kamel Daoud mais le poison qotbiste né il y a un siècle. Cette idéologie islamiste, à la source de tous nos maux, se répand a coup de pétrodollars qu’on alimente chaque fois qu’on remplit le réservoir de notre voiture.

Il est urgent d’investiguer la manière dont la secte Daesh (car c’est de cela qu’il s’agit) transforme de jeunes décervelés, musulmans ou convertis, en bombes humaines via l’entourage, en prison, sur la Toile, ou dans des mosquées salafistes qui ont pignon sur rue. Dans le portrait de Brahim Abdelsam qu’en fait son ex-femme (Het Laatste Nieuws, 18/11), le kamikaze n’a pas le profil d’un sociopathe : petite frappe, électricien raté mais pas mauvais bougre, de parents ouverts et modernes. Comment est-ce possible ? Abdelhamid Abaaoud, « cerveau » des attentats de Paris, qu’on a montré transportant sans aucun pathos des cadavres comme on le ferait de sacs poubelles paraît, par contre, plus atteint psychiquement.

La descente aux enfers (car c’est bien leur destination finale) des djihadistes suit presque toujours un cheminement semblable, comme l’explique Farhad Khosrokhavar, professeur à l’EHESS-CNRS (Le Point n°2254, 19/11) : une enfance sans histoire, une adolescence difficile, une vie adulte vide de sens, une bonne dose de victimisation, un narcissisme exacerbé et enfin une « renaissance » après un passage par les camps d’entraînement de Daesh. Autrement dit, « la radicalisation précède l’islamisation ».

Bien que la composante ultime de l’EI fasse plus penser au terrorisme d’extrême gauche comme la Rote Armee Fraktion qui a frappé l’Europe dans les années 70 et 80, on est bien face à éléments fascisants. Mais en plus, L’EI a une dimension mortifère et millénariste. Son dessein est d’anticiper la fin du monde. C’est « Viva la muerte », plus une dose de Captagon, Call of Duty mais en vrai.

Sommes-nous tous coupables d’attentisme, comme le clament certains ?

Il est certain que par électoralisme, certains hommes politiques ont fermé les yeux en recouvrant les problèmes d’un grand voile. La « doctrine Moureaux », appliquée bien au-delà de Molenbeek, faite d’accommodements déraisonnables a débouché sur une sorte de religion du déni : par définition, les électeurs ouailles ne pouvaient qu’être bien intentionnés.

Politiques et universitaires ont joué aux « idiots utiles de l’islamisme ». Il ne fallait pas désespérer les cités immigrées déjà socialement fragiles. Comme naguère, ces intellectuels sartriens qui cautionnaient les horreurs du régime soviétique pour « ne pas désespérer Billancourt », c’est-à-dire la classe ouvrière de l’époque, face au patronat et au capitalisme. L’enfer est pavé de bonnes intentions : à l’arrivée, ces populations suscitent aujourd’hui encore plus de méfiance. Habiter Molenbeek fait désormais tache sur un CV et c’est injuste.

Depuis 25 ans, quiconque se posait des questions était relégué, y compris par nous les journalistes, dans le camp xénophobe. On a perdu un temps précieux alors que depuis longtemps on sentait ce qui se tramait.

La stratégie ? Ne jamais agir, mais réagir aux événements, après l’inéluctable.

Ce qui était interdit ou impossible hier relève, 130 morts plus tard, de l’évidence, comme renoncer à la guéguerre froide contre Vladimir Poutine, devenu subitement notre allié ces dernières semaines ou assigner à résidence les personnes rentrant de Syrie…

Aujourd’hui, sortir du déni est une priorité. Il faut faire le ménage, fermer les mosquées radicales, expulser les prêcheurs de haine. Les populations ghettoïsées, premières victimes de la délinquance protéiforme, sont demandeuses. La commission contre le terrorisme et un FBI européen vont dans la bonne direction.

Il faut aussi être plus sélectif face aux nouveaux arrivants. Avant d’en faire nos compatriotes, veillons à ce qu’ils partagent le socle intransigible de valeurs européennes : laïcité, égalité des sexes, respect de l’autre, liberté d’expression, droit au blasphème et à l’apostasie. C’est leur épargner un choc des cultures salutaire et constitue un bon test pour une intégration future.

Ce sont les préalables indispensables pour que, demain, nous ne nous jetions pas les uns contre les autres. Le piège tendu par les dirigeants de Daesh est trop grossier pour qu’on tombe dedans.

 

Opinion parue sur le Vif.be le 26 novembre 2015.

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Et si le TTIP était bon pour l’Europe ?

USALe Partenariat transatlantique de commerce et d’investissement, mieux connu sous son acronyme anglais TTIP, suscite peurs et incompréhensions. Le tissu associatif, mutuelles et syndicats en premier, a sonné le signal d’alarme. A juste titre car le fait accompli est un peu la marque de fabrique de l’Union européenne. Et lorsque les accords sont signés, il est trop tard. Pêle-mêle, on reproche aux négociateurs européens de brader le service public, d’évacuer l’exception culturelle, de museler le pouvoir politique, de mettre en danger la santé publique, de déréguler à tout crin et notamment la politique du médicament et de sacrifier notre protection sociale sur l’autel de Cours arbitrales internationales au-dessus des états et des lois.

Sentant l’odeur de la révolte, la commission européenne et en particulier sa commissaire en charge du commerce, Cecilia Malmström, ont ces dernières semaines, mené une campagne de réhabilitation de « leur » accord tant il est vrai que tout n’est certainement pas à jeter dans ces discussions.

Bien sûr, il s’agit ici d’un long catalogue de bonnes intentions à ne pas prendre pour argent comptant. Toutefois, si l’Europe ne fait plus rêver, il faut continuer d’écouter ses arguments avec vigilance mais sans sectarisme. En ces temps troublés, tout rapprochement entre les deux pôles démocratiques les plus importants de la planète n’est sûrement pas à jeter avec l’eau du bain.

Pour commencer, il faut préciser que, comme les accords signés au sein de l’Organisation mondiale du commerce, le TTIP est un accord de libre-échange qui vise à lever des barrières douanières considérées comme obstacles techniques au commerce.

L’objectif est de « réduire fortement les droits de douane sur les marchandises importées, permettre aux entreprises des deux côtés de l’Atlantique de soumissionner pour l’obtention de contrats de marchés publics, ouvrir les marchés des services et faciliter les investissements ». En multipliant les échanges, l’Europe escompte la création de centaines de milliers d’emplois.

Comme l’affirmait déjà le 20 décembre 2013, à l’issue du 3e cycle de négociation entre l’UE et les Etats-Unis, à Washington, le négociateur en chef de l’UE, Garcia Bercero, l’accord « préserve les normes les plus élevées en matière de protection des consommateurs, de l’environnement, de la santé et des travailleurs ».

Plutôt que déréglementer, il s’agirait selon les mots des négociateurs de « coopérer pour réglementer ensemble ». Le principe est simple : créons des règlements qui soient similaires dès le départ, plutôt que devoir les adapter ensuite.

Ce marché transatlantique plus intégré respecterait le droit de chaque partie de réglementer les questions liées à la protection de la santé et de la sécurité alimentaire « au niveau qu’elle juge approprié », précisent les négociateurs qui affirment ne pas vouloir interférer dans l’autonomie des états.

Prenons l’exemple de l’homologation des médicaments qui fait peur aux mutuelles. De part et d’autre de l’Atlantique, les standards sont élevés et exigeants. Pourquoi ne pas coopérer afin de réduire les redondances d’exigences tout en s’entendant sur un degré élevé de protection du consommateur ? Rapprocher ces procédures, comme on a commencé à le faire par le passé, contribuerait « à une réduction sensible des coûts », espèrent les autorités européennes.

La commissaire suédoise UE au commerce Cecilia Malmström l’a martelé : « L’accord n’oblige à rien. Aucune des parties intervenant dans les négociations ne peut obliger l’autre à faire quoi que ce soit ». Chacune d’elles espère en obtenir le plus possible, « mais l’accord final doit être acceptable tant pour les États-Unis que pour l’UE ».

Même chose en matière de services publics, affirme la commissaire suédoise : Les accords commerciaux entre l’UE et les Etats-Unis « n’empêchent pas les administrations à tous les niveaux de fournir ou d’encourager la fourniture de services dans des domaines tels que l’approvisionnement en eau, l’éducation, les soins de santé et les services sociaux ».

Rien ne nous obligerait non plus (ni les Américains d’ailleurs) à privatiser notre administration, à restreindre ou à étendre les services offerts à la population. Un équilibre approprié entre les services publics et privés relèvent de notre bon vouloir. Par exemple, le TTIP n’entraverait « aucunement la capacité des administrations à maintenir une qualité de service public élevée en matière de santé ». Les Etats sont « libres d’organiser les services publics à leur guise ». L’industrie de la culture « sera respectée dans sa spécificité ». Un chapitre spécifique du TTIP « encourage le développement durable ». Et gouvernements et députés européens « auront de toute façon le dernier mot ».

Quant à ceux qui doutent légitimement qu’on assiste aux négociations « les plus transparentes qui aient jamais été menées au niveau européen », on renverra le lecteur sur la page internet explicative spécialement dédiée. A lui de se faire une idée…

Opinion parue le 11/11/2015 sur levif.be

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International

Europe : le rêve brisé

Flag_Map_of_European_UnionPour nous Belges, sans véritable nation et sans grandeur, l’Europe était un merveilleux substitut. Mais la grenouille européenne s’est voulue plus grosse que le boeuf américain et à l’arrivée, l’euroscepticisme grandit. La réconciliation avec l’Union européenne passe d’abord par le retour à une Europe des Nations.

L’Union européenne et ses différentes mues (Communauté du charbon et de l’acier puis la Communauté européenne) sont nées du « plus jamais ça ». Plus de guerre entre Européens, plus de massacre, plus de génocide. Une réconciliation par le commerce et la libre-circulation… Ses fondateurs firent le pari qu’unis par une communauté d’intérêts, les Allemands (surtout) n’auraient plus jamais la tentation de franchir le Rhin et la Meuse au bruit des bottes.

Au coeur de l’Europe, les six pays fondateurs (France, Allemagne, Italie, Benelux) entament les premiers pas de cette amitié hors du commun et d’un rêve jamais accompli : créer un Empire sans faire la guerre.

En Belgique, l’Europhilie s’impose par le conditionnement. Dès le plus jeune âge, les écoliers que nous avons été apprennent que la Communauté européenne assure la paix et la prospérité.

Subissant la défédéralisation à marche forcée, le « peuple » belge, modeste atavique, voit sa Nation s’effriter. L’Europe lui offre le substitut rêvé. Le doute n’est pas de mise. C’est sûr : bientôt, nous formerons les Etats-Unis d’Europe et nous dominerons le monde par le Soft power.

Les gens de notre génération (les quadragénaires) se souviennent surtout de l’exceptionnelle présidence de Jacques Delors, un des derniers Européens convaincus qui fait avancer l’Europe plus vite que jamais.

Son départ marque le début de la fin d’un rêve. Une fuite en avant avec l’élargissement à dix pays de l’Est. De 12, nous nous retrouvons vite à 15, 27 et aujourd’hui 28. Comme une tache d’huile sur le bitume, plus l’Union s’étend plus elle devient mince, sans consistance.

Comment réconcilier d’anciens Empires comme la France, la Grande-Bretagne, l’Espagne, le Portugal, l’Allemagne, la Rome antique, la Grèce éternelle ? Tous ont à, un moment donné de leur histoire, dominé le monde, marqué la civilisation planétaire.

Vient le temps des bricoleurs au milieu d’une Tour de Babel aux 15 ou 18 langues.

Les quelques ceux, Français et Hollandais, qu’on interroge, rejettent à chaque fois la marche forcée par référendum. Mais ils ne sont pas écoutés. La technocratie européenne infirme, par Traité, la volonté populaire.

Adeptes de la charrue avant les boeufs, les instances européennes, soutenues par les gouvernements nationaux, imposent la monnaie unique, Schengen, la législation européenne supranationale, l’Europe des Régions. Les souverainetés s’effondrent.

Gouverner c’est prévoir. Mais pas en Europe.

L’idée, quasi hérétique, d’une monnaie unique pour 17 économies radicalement différentes ne fait douter ni les technocrates européens, bardés de masters et doctorats en économie, ni leurs maîtres.

Il ne vient à l’idée de personne que l’abandon des frontières intérieures, superbe idée en temps de paix, est impossible en temps de guerre et son cortège d’exilés.

Au fil du temps, l’UE ressemble de plus en plus au Grand Machin onusien (De Gaulle). La superstructure, essentiellement basée à Bruxelles, attire les convoitises des lobbies qui s’installent par milliers dans notre beau pays. De belles retombées économiques pour la pâle capitale d’une Belgique en déliquescence, mais un jeu à qui perd gagne en matière de conflits d’intérêts.

En face, un parlement encore trop croupion qui décide de peu de choses. Un président de la commission européenne coopté par les grandes nations et qui se retrouve être le plus petit dénominateur commun. Des élections européennes alibis. Un déficit démocratique visible.

Très vite, les fragiles constructions de l’UE se lézardent.

La crise de l’euro révèle la tricherie des comptes de la Grèce. Schengen implose sous la poussée des migrants.

Le paquebot prend l’eau de toute part. Daniel Cohn-Bendit et Guy Verhofstadt, Européens tardifs, vocifèrent vainement.Notre ancien premier ministre reconnaît dans son dernier livre (1) que le continent est malade.

Les nationalismes n’ont jamais été si puissants que depuis que l’Europe existe. Un continent construit essentiellement contre les peuples provoque leur scepticisme.

L’idée du Grexit et même du Brexit n’est plus l’apanage d’agités du bocal. Elle se révèle même une solution, au moins pour la Grèce, sous la plume d’éditorialistes des plus sérieux.

Le rétablissement des frontières intérieures (pour les citoyens en tout cas) n’a pris que quelques semaines.

Les Etats-Unis d’Europe sont loin. Inaccessibles.

Le rêve de peser davantage dans le concert des nations se transforme en cauchemar de la relégation économique et sociale devant les puissances émergentes.

La non-gestion des migrants est le dernier avatar d’un manque drastique d’anticipation.

L’Union ne nous protège plus. Et tout d’un coup la peur saisit les citoyens européens.

Avant d’être pris en flagrant délit d’éthylisme par Le Petit Journal de Canal Plus, Jean-Claude Juncker l’avait pressenti : s’il ne réussit pas, il sera le dernier président de la commission européenne de l’histoire…

(1) « De ziekte van Europa (en de herontdekking van het ideaal) ».

Opinion parue le 18 octobre 2015 sur levif.be

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