Belgique, International

Après l’innommable, ne pas chercher de causalité

Après l'innommable, ne pas chercher de causalité

Face à des barbares qui tiennent plus à la mort que nous à la vie, l’erreur de l’homme occidental, de l’Européen cartésien, serait de chercher à tout prix une explication rationnelle au deuil qui frappe notre pays.

Venger des frères bombardés en Syrie ? Pour autant que cette idée ait traversé le cerveau étroit des bombes humaines made in Belgium, on ne voit pas quel soulagement une famille syrienne échouée à Lesbos pourrait trouver devant le spectacle de corps d’enfants belges déchiquetés dans le métro Maelbeek.

La colonisation ? L’Afrique du Nord a été tour à tour colonisée par les Arabes, les Ottomans, les Français et les Italiens. On a beau chercher : c’est à mille lieues des préoccupations de nos djihadistes, nés en France ou en Belgique parfois de la troisième génération.

Nous ne sommes pas non plus responsables de l’éclatement de la Syrie ni de celle de l’Irak (les Européens étaient opposés à la 2e Guerre d’Irak menée par G. Bush Junior) ; l’intervention en Libye se justifiait a priori face à un tyran qui promettait des « rivières de sang » au peuple de Benghazi. Les Printemps arabes et le chaos qui s’en est suivi a surpris les chancelleries européennes et il est difficile d’y déceler une faute si ce n’est a contrario notre mode de vie qui a servi d’aimant à certains Arabes épris de liberté.

La précarité, la discrimination ? Sans être riches, nos terroristes locaux ne sont pas des super-pauvres. Leur scolarité est parfois chaotique, mais pas forcément. Bénéficier d’un logement social relève en Belgique d’une certaine banalité et ne prédispose pas au crime de masse, que je sache. En outre, si les 600.000 chômeurs belges avaient de telles envies de meurtre, nous serions devant une guerre totale.

La haine de l’Occident ? La volonté de détruire la société européenne occidentale permissive et libre ? Oui sans doute. Mais elle est profondément injuste et déplacée. En dépit des discriminations incontestables, le système social et éducatif belge donne à chacun de réelles chances d’épanouissement personnel et professionnel. Chez nous comme en France, enseignement, universités, santé, sport et loisirs sont particulièrement accessibles.

La Palestine ? L’Etat islamique semble s’en soucier comme d’une guigne et ses sbires locaux également. L’EI, qui est d’ailleurs combattu par le Hezbollah libanais chiite, n’a pas manqué d’ailleurs de railler la « mollesse » du Hamas.

Partager

Ces tueurs veulent nous tuer aveuglément, quelles que soient nos croyances ou nos valeurs

Le fanatisme religieux ? Nous avons en Belgique une propension à attribuer aux religions tous les maux de la terre, mais en l’occurrence, chez les Merah, El Bakraoui, Laachraoui et autre Abdeslam, c’est plutôt la mécréance (le manque de connaissance réelle de l’orthodoxie coranique) qui les caractérise. Il ne faut cependant pas sous-estimer l’espoir fou d’emmener au Paradis des proches égarés après s’être fait sauter. Les associations qui luttent contre la radicalisation sont formelles : cette forme de résurrection mortifère joue un rôle. Par ailleurs, la prise de certaines substances désinhibantes n’est pas à négliger.

C’est donc plutôt du côté du nihilisme que se trouve la clé : celui des révolutionnaires russes des années 1860-80 ou peut-être celui des Espagnols criant « Viva la muerte ! », un cri de ralliement du camp franquiste pendant la guerre d’Espagne.

De quelle que manière dont on retourne le problème, l’erreur magistrale serait de nous sentir coupables de quoi que ce soit. De grâce, ne succombons pas au syndrome de Stockholm, consistant pour une personne séquestrée à trouver toutes les excuses à son geôlier.

Ces tueurs veulent nous tuer aveuglément, quelles que soient nos croyances ou nos valeurs. Point à la ligne.

Par défaut
Belgique

La Belgique va-t-elle sortir de l’Histoire ?

La Belgique va-t-elle sortir de l'Histoire ?

Ce mercredi 13 avril sur les ondes de la RTBF, Paul Magnette, ministre-président de la Wallonie, à l’occasion de son Etat de l’Union, appelait ses concitoyens à éviter le sport national belgo-wallon : l’auto-flagellation. Il a également mentionné notre manque de patriotisme.

Sur le fond, il a raison. Une fois les constats du retard économique wallon posés, il est temps de saluer, en somme, qu’on rattrape lentement son déclassement entamé voici plus de 50 ans. L’autodénigrement a ses limites.

Pourtant, dans le contexte actuel, il est difficile de souscrire à cet appel à plus d’optimisme et de fierté de soi.

Après le chaos dans le ciel belge suite aux attentats, quelques aiguilleurs du ciel de Belgocontrol, mauvais coucheurs, focalisent sur notre pays et nos Régions décidément surréalistes, les regards moqueurs et agacés du monde entier.

Alors qu’on se remet lentement du terrorisme qui nous a frappés et qu’on peine à démontrer que nous n’y sommes pour rien, la Belgique offre une nouvelle fois son ventre mou devant l’Histoire.

Perception is reality. L’accumulation de bévues aura des conséquences économiques évidentes. De notre réputation dépend la décision de maintenir l’OTAN, le SHAPE, le Parlement européen, la Commission européenne, et la kyrielle d’institutions et de lobbies qui gravitent autour du caractère international de la Belgique et de Bruxelles. Une influence qui rapporterait au moins 15 milliards d’euros par an et qui offre une exceptionnelle carte de visite à nos exportateurs.

Terreur et désorganisation : Quel touriste aurait aujourd’hui envie de visiter nos magnifiques monuments ? Quel investisseur aurait envie de signer un contrat avec une de nos belles entreprises ? Ne leur dites surtout pas que le premier parti politique belge souhaite la disparition de son propre pays…

Circonstance aggravante : nous abritons la densité de journalistes internationaux parmi la plus élevée au monde. Notre irresponsabilité est donc démultipliée, planétaire.

Pour le moment, notre position géographique centrale en Europe nous protégeait. A la périphérie de l’Europe, la Belgique aurait déjà disparu des écrans radars.

Mais même au milieu du triangle Londres/Paris/Allemagne, il est quasi sûr que notre caractère burlesque, pour sympathique qu’il était jusqu’à présent à l’étranger, n’y suscite plus l’empathie, mais la consternation.

Il est urgent qu’à tous les niveaux, on sorte par le haut de cette annus horribilis.

Opinion publiée sur levif.be le 12/04/2016

Par défaut
Belgique, International

Déchéance de nationalité : un symbole fort

Déchéance de nationalité : un symbole fort

Le débat qui agite la France et la Belgique en particulier à propos de la déchéance de la nationalité des soldats de l’Etat islamique qui rentrent au pays ne laisse pas d’étonner.

Officiellement, Christine Taubira, opposante farouche, en a lâché son poste de Garde des Sceaux pour mieux lancer son dernier livre. En Belgique, tandis qu’on a appris incidemment que ces returnees ont pleinement droit à notre sécurité sociale, la gauche de la gauche en mange son chapeau. Les opposants à la mesure estiment que cela ne servirait à rien. Que c’est un faux débat…

Lors du dernier Des Paroles et des Actes (France 2), la mère d’une convertie, mariée à un djihadiste, demandait à un Nicolas Sarkozy médusé si elle pourrait élever l’enfant né des oeuvres de sa fille et du facho-islamiste et si l’enfant serait français… La question avait quelque chose de surréaliste. Est-ce le cadet de nos soucis face à ces ennemis de l’intérieur ?

Certains parlent de ces tueurs comme s’il s’agissait d’expatriés qui ont tenté, que sais-je ?, l’aventure de l’aide au développement ou encore quelque touristes, entrepreneurs ou missionnaires jésuites.

Certains agitent déjà le spectre d’un Guantanamo belge.

Ces enfants chéris se feraient abuser sur la Toile ne comprenant qu’arrivés à Raqqa dans quel merdier ils se sont mis et ne penseraient alors qu’à une chose : revenir dans les bras de leur mère. On s’émeut qu’une fois au pays, on les mette au sec dans une cellule pour examiner leur dangerosité.

On croit rêver. Où est passée la morale de la responsabilité individuelle ?

Loin d’évacuer à l’avance des explications psychanalytiques ou des théories sur le phénomène sectaire qui nous aident à avancer. Loin de nier l’apport essentiel des associations de terrain qui travaillent à la déradicalisation, il faudrait remettre l’église au milieu du village.

Ces meurtriers, bien souvent nés chez nous, dans un environnement social loin d’être préoccupant, sont partis volontairement, animés par la haine de leur pays de naissance et bien décidés à apprendre à manier les armes pour nous détruire. Trahissant toutes les valeurs et les avantages offerts par nos sociétés démocratiques et tolérantes, déjà une petite dizaine d’entre eux ont inauguré l’attentat suicide sur sol européen tandis que, selon Le Figaro, 8.000 attendent, rien qu’en France, de nous occire.

Il est temps de s’émanciper de cette propension qu’ont certains à déifier les Droits de l’homme. Il n’y a pas de démocratie pour les ennemis de la démocratie. Ces énergumènes doivent être traités pour ce qu’ils sont.

Toute voie de droit doit être prise contre eux et la déchéance de la nationalité (et de tous les droits y afférents) pour tous les coupables de terrorisme naturalisés ou qui possèdent la double nationalité est une des armes juridiques que nous possédons. Elle doit être utilisée. Pour la création sui generis d’apatrides, faisons confiance à la créativité des juristes internationaux pour essayer de trouver une solution qui ne nous lie pas pieds et poings à ces djihadistes.

La déchéance de nationalité, même si elle ne concerne que quelques centaines d’individus, est un symbole fort pour les complices, soutiers, logisticiens, artificiers.

En parallèle, les perquisitions de nuit sont indispensables. De deux choses l’une : ou bien la personne perquisitionnée est innocente et il s’agit d’un acte d’une grande violence à son endroit ou bien elle est coupable et il n’y aucune raison de la laisser roupiller et risquer qu’elle nous échappe. Faudrait-il en plus lui apporter le petit déjeuner avec croissant ? De même, la garde à vue de 24 heures est insuffisante pour recueillir les preuves, comme l’a rappelé Georges Dallemagne sur les ondes de la RTBF et n’en déplaise à certains magistrats politisés.

C’est pourquoi, en matière d’hyper-terrorisme, il faut cesser ces débats stériles comme s’il s’agissait d’introduire une heure de gymnastique en plus dans les écoles. Cela nous divise face à la guerre idéologique qui doit être menée ensemble, toutes origines confondues.

L’Union fait la force.

 

Opinion parue dans LEvif.be le 16/02/2016

Par défaut
Belgique, International

2016 : dix raisons d’espérer

5de8eb3d

Les Belges ont le moral au plus bas, selon plusieurs sondages. L’année 2015 est perçue comme l’annus horribilis. Et pourtant, il y a de nombreuses raisons d’espérer pour notre fédération, notre pays et notre continent. Une société a le devoir de rester optimiste pour échapper au déclin. Voici dix raisons d’espérer :

  1. L’économie. Selon l’Union wallonne des entreprises, nos PME se portent bien. L’image de la Belgique écornée à juste titre par les événements du Bataclan ne semble pas en souffrir dans ses capacités d’exportation. Notre pays reste une marque forte. Le chômage bruxellois et wallon, avec respectivement 18% et 13% de la population active est plus bas que jamais même s’il reste trop élevé chez les jeunes avec des taux, chez les moins de 25 ans, qui atteignent 26,8% à Bruxelles, 16,3% en Flandre et 31,6% en Wallonie. C’est contre ce fléau que la plateforme Alliance for Youth a signé mercredi dernier un partenariat avec les services publics en charge de l’emploi et de la formation. La plateforme rassemble des entreprises comme Nestlé, Axa, Adecco, EY, IBA, IBM, Securex et Sodexo rejoints par Deloitte et Engie. « En un an, 1.186 emplois et 560 stages ont été créés par les membres pour les travailleurs de moins de 30 ans », explique la plateforme. « L’objectif sera de créer 1.900 opportunités en 2016 pour ce public cible. »

2.La sécurité sociale. Véritable roc traversant les tempêtes financières, notre sécu tient bon. De nombreux peuples dans le monde nous l’envient. Même si la santé publique passe par-dessus la tête de nos compatriotes par ignorance, un récent accord entre médecins et mutuelles nous assure pour deux ans un accès très large et relativement bon marché à des soins de qualité. Et quand la santé va…

  1. L’Etat islamique. L’avenir le dira mais l’attaque de Paris a peut-être été son chant du cygne. En Syrie et en Irak, il subit des pertes importantes. Les « salaires » de ses djihadistes ont été rabotés de moitié. Ses ressources financières, notamment pétrolières, sont touchées. Une coalition rassemblant USA, France et Grande-Bretagne, collabore étroitement avec la Russie et les pays de la région pour bouter l’EI hors du Grand Moyen-Orient. Certes, telle une hydre, le mouvement terroriste millénariste peut renaître. Il se déplace sournoisement en Libye et rameute toute la lie du continent africain. Le combat sera long. Mais la défaite de Daesh est inéluctable. La secte facho-islamiste n’a pas les moyens de détruire les démocraties occidentales.
  2. Les migrants. Après une période d’euphorie qui a vu, une nouvelle fois, nos élites sombrer dans une certaine forme de délire empathique, l’heure est au pragmatisme. A l’exception du très crédule Jean-Claude Juncker et du gogo Louis Michel qui nous fait une énième colère feinte, les hommes politiques européens font face. Humanisme, oui ; angélisme non. Nos capacités d’accueil sont largement atteintes. Et les reconduites à la frontière ont commencé pour les imposteurs. Il faut dire qu’il était devenu difficile de nier l’aspiration des peuples. Les Belges par exemple font preuve d’une grande maturité face au phénomène migratoire. Dans un sondage IPSOS pour Le Soir et RTL-TVI, 96% pensent qu’on a accueilli trop ou suffisamment de migrants en Belgique. Seuls 4% pensent qu’on en accueille « trop peu ». Prescients, les sondés se déclarent tout à fait d’accord (52%) ou plutôt d’accord (29%) avec l’affirmation selon laquelle « l’afflux de réfugiés en Europe et en Belgique représente un problème pour notre façon de vivre ». Ils ne sont cependant que 30% à avoir réellement changé leur mode de vie. Cette prise de conscience n’aurait pas été possible sans les réseaux sociaux.
  3. La mobilité. Après la cacophonie autour de la fermeture du tunnel Stéphanie, il semble qu’ayant touché le fond, les autorités de la capitale européenne aient rebondi. Un plan est en place pour sauver les tunnels bruxellois, élément essentiel de la mobilité et donc de la prospérité de la Région de Bruxelles et de son Hinterland. On verra assez vite si les investissements déjà lourds et les nombreuses expropriations pour mettre à 4 voies les lignes Bruxelles-Nivelles et Bruxelles-Ottignies ne s’avèrent pas vains. L’abandon du RER sud est tout simplement inenvisageable. Et à entendre Paul Magnette, je gage qu’on le bouclera coûte que coûte.
  4. Le nationalisme flamand recule. Ni les Belges ni les Flamands ni même les électeurs de la N-VA ne suivent Bart De Wever dans sa quête chimèrique pour l’indépendance de la Flandre. Même s’il faut rester vigilant, le spectre de la disparition de la Belgique semble s’éloigner.
  5. L’Europe. L’idée qu’on ne peut pas tout faire au niveau européen et certainement pas le ramassage des ordures, fait son chemin. L’Europe est là pour les grands projets type Ariane Espace, Airbus, armée européenne et les niveaux national et régional pour les dossiers qui passent au-dessus de la tête des technocrates de Bruxelles. La stigmatisation teintée d’arrogance des Européens de l’Est par les Ouest-Européens semble aussi s’effilocher face au principe de réalité.

8.La pauvreté. C’est le paradoxe de la tant honnie mondialisation : ils sont des centaines de millions par an à sortir de la pauvreté grâce aux investissements internationaux. L’économiste sud-américain Hernando de Soto Polar ne cesse d’opposer des démentis à la nouvelle coqueluche de la télé, Thomas Piketty et ses théories : les pauvres ne meurent pas de trop de capital mais parce qu’ils en manquent.

  1. La science. Rien ne l’arrête. Après la découverte que l’autisme est largement d’origine génétique, on avance quant à l’origine « physiologique » de la schizophrénie. De quoi cesser de culpabiliser les parents comme on l’a fait depuis 30 ans. Les neurosciences ouvrent des champs immenses de guérison. Les médicaments « personnalisés » sans effets secondaires révolutionneront les thérapies au cours de ce siècle. La bactériologie ne cesse de progresser. Les maladies infectieuses sont en voie d’être maîtrisées. Après l’éradication de la polio, celle du paludisme ?
  2. L’art. D’illustres exemples historiques l’attestent : lorsque l’art se meurt, le déclin guette. Or notre continent foisonne d’initiatives dans toutes les formes artistiques. Les musées, salles de concert, théâtres, cinémas et expositions ne désemplissent pas.

Comme le dit Roger Pol-Droit dans son dernier livre*, rêver à un futur meilleur est une question de dignité humaine. C’est le meilleur antidote contre la décadence.

 

* « L’espoir a-t-il un avenir – En finir avec le pessimisme », Flammarion. (Avec Monique Atlan).

Opinion parue dans levif.be le 2/02/2016

Par défaut
Belgique, Santé

Quelle mansuétude envers l’alcool

6a00d8341c5d8753ef0112790d492628a4-800wi

Le tabac est un poison, c’est certain. Il détruit l’appareil respiratoire dès le plus jeune âge. Il provoque des cancers, gâte l’haleine et la dentition, incommode le partenaire du fumeur. Les ravages du tabagisme passif ne sont plus à démontrer, à tel point que le vice-président de l’Association belge des syndicats médicaux, qui donne rarement des conseils de santé en tant que syndicaliste, a proposé une carte blanche dans la presse quotidienne demandant l’interdiction du tabac à l’intérieur du domicile pour protéger les enfants.
Les campagnes incessantes contre cette soi-disant drogue « douce », se justifient donc pleinement, même si les jeunes semblent braver la mort qui les guette en continuant leur consommation, en dépit du prix prohibitif du paquet.
Mais, en parallèle, quelle mansuétude envers l’alcool ! Le vin relève de la culture sinon de l’art, les apéritifs alimentent des discussions comparatives dans le vent, la publicité, toujours autorisée, nous présente de jeunes consommateurs, métro-sexuels fringants, dignes représentants des élites mondialisées dans des villes exotiques à la mode.
L’alcool est considéré comme un rite de passage pour les jeunes adultes, notamment mâles. Qui n’a pas eu sa cuite avant 17 ans, n’est pas un homme, c’est entendu. Et lorsque le jeune homme rentre à quatre pattes au milieu de la nuit, il entraîne des sourires entendus et alimente des conversations bien peu réprobatrices lors des fêtes de famille.
Le cinéma a banni la cigarette mais les personnages des séries tant américaines que françaises, s’envoient allègrement des flutes de champagne dans le gosier à toute occasion. L’alcool est omniprésent au cinéma et à la télé. Il semble qu’après chaque contrariété, les héros et héroïnes se « détendent » avec un bon verre. Une banalisation de cette autre drogue « douce » très inquiétante car c’est précisément comme ça qu’on sombre dans l’alcoolisme : lorsque pour lutter contre le stress et le burnout, on ne peut s’empêcher de se servir deux petits verres le soir au souper.
Contre cette plaie-là, la mobilisation est nettement moindre et la politique fiscale plus légère. On ne parle guère de bouteille sans marque et on n’oserait pas apposer une bonne grosse cirrhose du foie sur l’étiquette d’un Château-Margaux.
Faut-il rappeler qu’un homme n’a jamais violé une femme ou écrasé un piéton sous l’influence de la cigarette ? L’alcool, lui, ne tue pas que le consommateur. Il abêtit. Il transforme les citoyens honnêtes en bestiaux.
Il est donc plus que temps que les autorités s’emparent aussi de ce fléau.

 

Par défaut
Belgique

Ma bagnole autonome, c’est ma liberté

Bagnolele,

Le slogan des Trente glorieuses, ‘Ma bagno

c’est ma liberté’, revient en force avec l’avènement des voitures autonomes, la plupart électriques.

Le monde de l’automobile et des transports en sera bouleversé. Des investissements gigantesques (bornes, portails,…) sont nécessaires, mais on estime que dans 15 ans, on pourrait entrer dans le vif du sujet, et même avant pour les taxis sans chauffeur.

Des projets-pilotes ont été mis en branle. Google, notamment, travaille sur ce concept simple en apparence. Le conducteur a en effet le choix entre conduire sa voiture lui-même ou brancher le pilote automatique. Dans ce dernier cas, devenu passager, il peut travailler pendant ses trajets, soit jusque deux heures par jour. Selon des études de MacKinsey et Google, reprises par Paris-Match (26/11/2015), un milliard d’heures pourraient ainsi être économisées chaque jour dans le monde.

Mais ce n’est pas tout: la voiture autonome occupe beaucoup moins d’espace de parking. Un gain évalué par les mêmes sources à 5,7 milliards de m² rien qu’aux États-Unis, soit cinq fois la ville de New York.

Même si l’initiative intéresse vivement les géants des technologies de l’information, les grands constructeurs automobiles traditionnels seront sollicités, vu leur know-how. Ainsi, Toyota compte lancer une flotte de voitures autonomes à l’horizon 2020. Elles circuleront sans chauffeur sur les grands axes mais pas encore dans les centres-ville, trop complexes. D’ores et déjà les nouvelles Crown et Prius sont équipées en option d’un système ITS (Intelligent Transportation System) qui permet une communication avec les autres véhicules et une synchronisation avec des feux de signalisation équipés d’un radar laser (une vingtaine le sont à Tokyo à titre de test). Si le chauffeur s’apprête à brûler le feu, la voiture s’arrête automatiquement.

À l’heure où la ministre fédérale de la mobilité, Jacqueline Galand, ne sait plus où donner de la tête pour réduire le nombre d’accidents sur la route, notons que la voiture autonome ferait baisser ce nombre de 90%. En effet, dans la majorité des accidents, l’erreur est humaine.

Couplé à une ubérisation bien pensée, on pourrait imaginer une utilisation plus pertinente du parc automobile disponible avec un partage plus important des véhicules entre utilisateurs.

Si la voiture autonome est combinée à un moteur électrique, on se retrouve dans un cas de figure entièrement neuf par rapport au regard qu’on porte sur l’automobile: adulée dans les années 60 et 70, abhorrée en ce début de 21e siècle, réhabilitée peut-être en 2025 parce que non-polluante…

Le hic: la voiture se situe au coeur du conflit individualisme/collectivisme. Elle continue d’être vue comme un moyen de transport « bourgeois » versus des transports en commun « sociaux ». La voiture de société est un privilège, souvent réservé aux fonctions de directions, aux cadres moyens et supérieurs.

Le gars seul dans sa voiture occupant à lui tout seul un espace éhonté, un pollueur égotiste et agressif ? C’est nier que l’automobile répond à un besoin d’indépendance et une territorialité inhérents à l’être humain.

Les thuriféraires verts qui nous dirigent, surtout en Région bruxelloise, doivent dépasser l’approche anachronique du « tout transport en commun ». Si elle devient plus autonome et moins dépendante des hydrocarbures, l’automobile continuera à l’avenir de jouer un rôle primordial en matière de mobilité.

 

Opinion parue sur levif.be le 21 décembre 2015

Par défaut
Belgique

Adieu chômage, pension et allocations familiales ?

Dans « L’Argent des Français – les chiffres et les mythes » (Perrin) le regretté Jacques Marseille, économiste français, proposait une allocation universelle de 700 euros par mois, de la naissance à la mort. Sans condition.

Libre d’en disposer à sa guise, le citoyen peut l’utiliser comme salaire d’appoint ou épargne différée, complément de pension transmissible à ses héritiers.

Trends-Tendance en a fait son « une » la semaine du 15 octobre sous la plume de Christophe De Caevel, proposant plutôt 500 euros selon le modèle conceptualisé chez nous par le philosophe Philippe Van Parijs (UCL).

La somme importe peu (même si 700 euros nous paraissent plus réalistes), le principe davantage : l’allocation universelle serait une véritable révolution sociale, mentale et culturelle.

Financée à raison de 60 milliards d’euros par les cotisations sociales, l’Allocation universelle remplacerait la pension, les allocations de chômage et d’invalidité et les allocations familiales. Seule subsisterait au titre de sécurité sociale, la partie soins de santé.

Finie la stigmatisation des chômeurs et leur expulsion du système… Chaque citoyen, quelle que soit sa fortune ou sa mauvaise fortune, dispose d’un bas de laine mensuel, véritable arme de négociation. Souhaite-t-il travailler à mi-temps ? Il peut l’envisager aisément. Travailler plus ? Il épargne alors son allocation pour ses vieux jours, se constitue une alléchante pension complémentaire ou achète un appartement à crédit.

On voit immédiatement l’oxygène que cette mesure introduirait dans notre système social pesant et complexe. Finis les calculs savants du montant des allocations, les niches sociales de toute sorte, les carrousels entre assurance maladie et chômage, les pièges à l’emploi et la fraude sociale (à moins d’avoir le don d’ubiquité). En outre, l’allocation universelle n’est pas, comme les allocations sociales actuelles, un incitant à l’oisiveté. Elle pourrait servir également à l’avenir aux travailleurs remplacés par des algorithmes.

Bien sûr, le concept fait peur. Il fâche les syndicats qui, se sentant tout à coup bien inutiles, se demandent pourquoi chacun, riche ou pauvre, devrait toucher la même somme, mais aussi les employeurs, inquiétés par des travailleurs d’autant plus revendicatifs qu’ils disposent d’un filet de sécurité pour négocier leur salaire, leur condition de travail ou leur départ…

D’autres s’inquiètent d’une rente distribuée sans aucune condition. Mais les allocations familiales ne sont-elles pas aujourd’hui distribuées quelle que soit la fortune du bénéficiaire, même millionnaire ?

Certes, la mise en place, forcément progressive eu égard aux retraités actuels, d’un tel concept est complexe. Et si l’idée fait très modestement son chemin à l’étranger et en Belgique, le Premier ministre qui aura l’audace d’implémenter dans notre pays un tel bouleversement sociétal n’est pas encore né…

Opinion parue sur levif.be le 28 octobre 2015.

Par défaut