Santé

Médecine sociale ou libérale ?

Depuis quasi 1967, la médecine et les soins de santé ont été dans notre pays en équilibre instable autour de quatre axes : l’accessibilité et la qualité des soins, d’une part, la liberté ou la mainmise, d’autre part. Avec, en arrière-plan, la médecine libérale ou la médecine sociale. Le curseur s’est déplacé de l’une à l’autre sans qu’on ne sache plus dans quel système on se trouve.

La raison en est simple : le système est un mix dans lequel ministres de tutelle et mutuelles ont mis l’accent sur l’accessibilité tandis que les organisations professionnelles réfléchissaient davantage à la qualité, estimant que notre système est déjà particulièrement social. Les syndicats de médecins ont toujours été persuadés que la liberté du médecin (optique individualiste) était la meilleure garante de la qualité des soins et de la protection du patient ; les autorités furent plus enclines à penser que plus grand est le contrôle, plus forte est la protection de l’utilisateur (optique collectiviste).

Le tiers-payant en est une illustration. Accessibilité ? Si l’on parvient à limiter au maximum les délais de remboursement, la charge administrative et la fraude notamment via l’informatisation, rien n’empêche de généraliser le système : le patient arrive chez le médecin, il débourse uniquement sa quote-part ; d’un clic de souris, le médecin envoie la feuille de soins et est remboursé en moins d’une semaine de l’intervention de l’assurance-maladie. MyCarenet lui envoie chaque mois un relevé exhaustif unique pour toutes les mutuelles et pour tous ses patients. Mais cela ouvre la porte au contrôle. Le médecin se sent immédiatement embrigadé dans une logique planificatrice d’autant qu’elle repose sur l’informatique, concept basé sur la confiance.

Le tiers-payant généralisé, c’est un peu comme les impôts et les cotisations sociales : en Belgique, on les prend à la source. Ainsi, plus aucun contribuable ne sait ce qu’il paie réellement à la collectivité et ce qu’il coûte à son patron. Dans un système de tiers-payant, beaucoup de médecins craignent que le ticket modérateur n’en ait plus que le nom et que le patient en oublie le prix réel de la consultation. Le spectre de la médecine gratuite n’est pas loin. Déjà, chez le pharmacien, certains médicaments remboursés apparaissent comme miraculeusement bon marché.

Cet équilibre instable entre des ministres « sociaux » (socialistes et écologistes sans discontinuer pendant plus de 20 ans) et des organisations professionnelles « libérales », Maggie De Block est en train de le perturber, en apparence en tout cas : plaidoyer pour la médecine à l’acte, prudence face au financement prospectif à la sauce KCE qui déboucherait sur le salariat médical et j’en passe…

Peut-être la ministre parviendra à faire la synthèse entre médecine libérale et sociale ?

edito paru dans le Journal du médecin du 20 mars 2015

Publicités
Par défaut

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s