Santé

Où va Frank Robben?

Le fantastique et la littérature regorgent de personnages à deux visages: Dr Jeckyll et Mister Hyde, le portrait de Dorian Gray, les loups-garous, l’incroyable Hulk, Anakin/Darth Vador, Patrick Bateman dans American Psycho: des héros sans histoire qui passent, un moment donné, du côté obscur.

Toute proportion gardée (insistons lourdement sur ce point), Frank Robben est peut-être un peu de cette espèce-là. Adorable avec les journalistes (votre serviteur peut une nouvelle fois en témoigner), ses comités de gestion et ses autorités de tutelle mais nettement plus brutal voire cassant avec ceux, parmi ses collaborateurs, qui n’avancent pas au rythme de leur visionnaire patron.

Il n’est pas parfait, reconnaît-il dans le long entretien qu’il nous a accordé, en réponse à des critiques très dures sur sa gouvernance et recueillies à bonne source. Mais son bilan parle pour lui : son action énergique, louable, admirable même, a fait économiser, dit-il, un milliard d’euros à l’Etat, par an. Il est fier aussi d’avoir introduit une culture entrepreneuriale au sein de l’Etat fédéral. On lui doit la Smals, la Banque carrefour et eHealth.

De fait, l’homme a quelque chose de génial et, comme beaucoup de génie, une idée à la seconde. Des moteurs huit cylindres comme lui, il en faut. Mais Frank Robben est aussi un mâle dominant. Il n’aime pas ceux qui se dressent sur sa route ou, tout simplement, ceux qui n’arrivent pas à suivre ses explosions créatives.

Tant que les remontages de bretelle se passent en interne, les dégâts sont limités à la victime expiatoire. Hélas, il semble bien, à l’issue de plusieurs mois d’enquête, que Frank Robben ait abusé de cette rigidité avec des stakeholders extérieurs et non des moindres, qui s’en sont irrités. Or c’est précisément ceux-là qu’il doit convaincre d’utiliser les extraordinaires outils qu’il a mis en place grâce à ce talent qu’on lui connaît.

Qu’on ne se méprenne pas : l’auteur de ces lignes ne peut cacher son admiration pour ce type d’entrepreneur qui, au surplus, a mis son énergie au service de la collectivité pour un salaire finalement à la hauteur de la tâche herculéenne qu’il a accomplie.

Mais il y a l’outil et il y a l’homme. Et ce dernier avance apparemment de plus en plus selon une vision très personnelle.

Se corrigera-t-il avant de tirer un coup de trop sur la corde alors qu’il n’a que 52 ans ?

Heureusement pour lui, Robben a une quinte flush royale : son extraordinaire compétence. Il n’y a pas réellement de plan B. Ni l’Open-VLD ni la N-VA ni le MR n’ont de solution pour le remplacer. Comme nous le soufflait, sous le sceau de la confidentialité, un membre du cabinet De Block : sans lui, l’e-santé belge en serait encore au temps des cavernes.

Editorial paru dans le Journal du médecin (6 mars 2015).

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