Belgique, International

Après l’innommable, ne pas chercher de causalité

Après l'innommable, ne pas chercher de causalité

Face à des barbares qui tiennent plus à la mort que nous à la vie, l’erreur de l’homme occidental, de l’Européen cartésien, serait de chercher à tout prix une explication rationnelle au deuil qui frappe notre pays.

Venger des frères bombardés en Syrie ? Pour autant que cette idée ait traversé le cerveau étroit des bombes humaines made in Belgium, on ne voit pas quel soulagement une famille syrienne échouée à Lesbos pourrait trouver devant le spectacle de corps d’enfants belges déchiquetés dans le métro Maelbeek.

La colonisation ? L’Afrique du Nord a été tour à tour colonisée par les Arabes, les Ottomans, les Français et les Italiens. On a beau chercher : c’est à mille lieues des préoccupations de nos djihadistes, nés en France ou en Belgique parfois de la troisième génération.

Nous ne sommes pas non plus responsables de l’éclatement de la Syrie ni de celle de l’Irak (les Européens étaient opposés à la 2e Guerre d’Irak menée par G. Bush Junior) ; l’intervention en Libye se justifiait a priori face à un tyran qui promettait des « rivières de sang » au peuple de Benghazi. Les Printemps arabes et le chaos qui s’en est suivi a surpris les chancelleries européennes et il est difficile d’y déceler une faute si ce n’est a contrario notre mode de vie qui a servi d’aimant à certains Arabes épris de liberté.

La précarité, la discrimination ? Sans être riches, nos terroristes locaux ne sont pas des super-pauvres. Leur scolarité est parfois chaotique, mais pas forcément. Bénéficier d’un logement social relève en Belgique d’une certaine banalité et ne prédispose pas au crime de masse, que je sache. En outre, si les 600.000 chômeurs belges avaient de telles envies de meurtre, nous serions devant une guerre totale.

La haine de l’Occident ? La volonté de détruire la société européenne occidentale permissive et libre ? Oui sans doute. Mais elle est profondément injuste et déplacée. En dépit des discriminations incontestables, le système social et éducatif belge donne à chacun de réelles chances d’épanouissement personnel et professionnel. Chez nous comme en France, enseignement, universités, santé, sport et loisirs sont particulièrement accessibles.

La Palestine ? L’Etat islamique semble s’en soucier comme d’une guigne et ses sbires locaux également. L’EI, qui est d’ailleurs combattu par le Hezbollah libanais chiite, n’a pas manqué d’ailleurs de railler la « mollesse » du Hamas.

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Ces tueurs veulent nous tuer aveuglément, quelles que soient nos croyances ou nos valeurs

Le fanatisme religieux ? Nous avons en Belgique une propension à attribuer aux religions tous les maux de la terre, mais en l’occurrence, chez les Merah, El Bakraoui, Laachraoui et autre Abdeslam, c’est plutôt la mécréance (le manque de connaissance réelle de l’orthodoxie coranique) qui les caractérise. Il ne faut cependant pas sous-estimer l’espoir fou d’emmener au Paradis des proches égarés après s’être fait sauter. Les associations qui luttent contre la radicalisation sont formelles : cette forme de résurrection mortifère joue un rôle. Par ailleurs, la prise de certaines substances désinhibantes n’est pas à négliger.

C’est donc plutôt du côté du nihilisme que se trouve la clé : celui des révolutionnaires russes des années 1860-80 ou peut-être celui des Espagnols criant « Viva la muerte ! », un cri de ralliement du camp franquiste pendant la guerre d’Espagne.

De quelle que manière dont on retourne le problème, l’erreur magistrale serait de nous sentir coupables de quoi que ce soit. De grâce, ne succombons pas au syndrome de Stockholm, consistant pour une personne séquestrée à trouver toutes les excuses à son geôlier.

Ces tueurs veulent nous tuer aveuglément, quelles que soient nos croyances ou nos valeurs. Point à la ligne.

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Belgique

La Belgique va-t-elle sortir de l’Histoire ?

La Belgique va-t-elle sortir de l'Histoire ?

Ce mercredi 13 avril sur les ondes de la RTBF, Paul Magnette, ministre-président de la Wallonie, à l’occasion de son Etat de l’Union, appelait ses concitoyens à éviter le sport national belgo-wallon : l’auto-flagellation. Il a également mentionné notre manque de patriotisme.

Sur le fond, il a raison. Une fois les constats du retard économique wallon posés, il est temps de saluer, en somme, qu’on rattrape lentement son déclassement entamé voici plus de 50 ans. L’autodénigrement a ses limites.

Pourtant, dans le contexte actuel, il est difficile de souscrire à cet appel à plus d’optimisme et de fierté de soi.

Après le chaos dans le ciel belge suite aux attentats, quelques aiguilleurs du ciel de Belgocontrol, mauvais coucheurs, focalisent sur notre pays et nos Régions décidément surréalistes, les regards moqueurs et agacés du monde entier.

Alors qu’on se remet lentement du terrorisme qui nous a frappés et qu’on peine à démontrer que nous n’y sommes pour rien, la Belgique offre une nouvelle fois son ventre mou devant l’Histoire.

Perception is reality. L’accumulation de bévues aura des conséquences économiques évidentes. De notre réputation dépend la décision de maintenir l’OTAN, le SHAPE, le Parlement européen, la Commission européenne, et la kyrielle d’institutions et de lobbies qui gravitent autour du caractère international de la Belgique et de Bruxelles. Une influence qui rapporterait au moins 15 milliards d’euros par an et qui offre une exceptionnelle carte de visite à nos exportateurs.

Terreur et désorganisation : Quel touriste aurait aujourd’hui envie de visiter nos magnifiques monuments ? Quel investisseur aurait envie de signer un contrat avec une de nos belles entreprises ? Ne leur dites surtout pas que le premier parti politique belge souhaite la disparition de son propre pays…

Circonstance aggravante : nous abritons la densité de journalistes internationaux parmi la plus élevée au monde. Notre irresponsabilité est donc démultipliée, planétaire.

Pour le moment, notre position géographique centrale en Europe nous protégeait. A la périphérie de l’Europe, la Belgique aurait déjà disparu des écrans radars.

Mais même au milieu du triangle Londres/Paris/Allemagne, il est quasi sûr que notre caractère burlesque, pour sympathique qu’il était jusqu’à présent à l’étranger, n’y suscite plus l’empathie, mais la consternation.

Il est urgent qu’à tous les niveaux, on sorte par le haut de cette annus horribilis.

Opinion publiée sur levif.be le 12/04/2016

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Eloge des hommes politiques

Eloge des hommes politiques

Titre ô combien clivant en ces temps poujadistes… Quoi, les hommes politiques auraient des vertus ? Ne sont-ils pas corrompus, incompétents, versatiles, clientélistes, égotistes, à courte vue ? Ne poursuivent-ils pas des intérêts particuliers – leur avenir ou à la limite celui de leur parti – sans égard pour le bien commun ? Ne forment-ils pas une maffia népotiste, fermée à la société civile dont ils font semblant d’entendre les doléances quelques mois avant les échéances électorales ? Ils ne sont pas avant tout attirés par le pouvoir et les ors qui l’accompagnent ? Ils ne mentent pas sans arrêt ? Ne manquent-ils pas de vision ?

Savourez la énième version du spectacle « Sois Belge et tais-toi », sous la houlette de Baudouin Rémy : la simple évocation de la ministre Jacqueline Galant provoque les rires gras du public (avant même qu’elle n’apparaisse, croquée par son imitatrice, Stéphanie Coerten, gonflée à l’hélium). Eh oui, les hommes politiques tissent souvent la corde pour les pendre.

Il en va ainsi de Jan Van Overtveldt, ministre N-VA des Finances. Un brillant esprit et théoricien néolibéral mais qui fait l’objet de toutes les critiques en ce moment pour avoir laissé, avec Sophie Wilmès, déraper le budget de l’Etat de 2,2 milliards…

Lister les bourdes des uns et des autres nécessiterait un livre entier.

Et pourtant, c’est le système qu’on s’est choisi entre la dictature et le gouvernement des clercs cher à Platon où seuls les experts auraient droit aux commandes. Dans nos démocraties représentatives nous n’exigeons pas même un diplôme universitaire de nos ministres et parlementaires (même si la plupart d’entre eux en ont un, le plus souvent juridique d’ailleurs). C’est le jeu. Chacun a sa chance. René Monory, ancien ministre français de l’Économie et des Finances, était garagiste et autodidacte. Il fut plutôt un bon ministre.

A l’arrivée, les hommes politiques restent de simples êtres humains plein de failles et de contradictions. La politique est un métier de fou, surtout depuis l’avènement des réseaux sociaux. Pas une pensée, une déclaration qui ne pourra vous être resservie même dix ans plus tard. Le droit de changer d’avis, apanage d’un esprit sain, n’existe plus. Plus moyen d’avoir une conversation privée à l’heure de l’iphone et des espions technologiques.

On demande aux hommes politiques des arbitrages insensés entre des intérêts contradictoires mais souvent légitimes – l’exemple le plus frappant étant les routes aériennes ou le choix entre bâtir une école et… l’entretien d’un tunnel.

En perpétuelle représentation, l’homme ou la femme politique, n’a plus de vie de famille. Ses semaines de 80 heures quasi sans week-end, détruisent sa santé. L’hypertension et l’emphysème le guettent. De Jacques Simonet à Daniel Ducarme ou Jean-Luc Dehaene, beaucoup ne font pas long feu et ne profitent pas de la pension plantureuse prévue par l’Etat – sans même compter les suicides.

Appâtés par le gain ? Allons donc : la plupart gagneraient à diplôme égal, beaucoup plus dans le privé.

Cela peut étonner, mais à l’heure de choisir leur voie, souvent très jeunes, les hommes politiques rêvaient de changer le monde, de corriger la violence de l’Etat de nature, d’améliorer la vie des gens. Utopistes, adeptes du progrès, parfois coincés devant les caméras, ils peuvent se révéler en privé d’une grande chaleur et d’une grande gentillesse, proches des gens.

Si leur communication est à ce point maîtrisée voire cadenassée, c’est en somme de notre faute. Nous scrutons sans cesse la petite phrase qui alimentera le buzz fatal.

On ne peut d’ailleurs pas leur reprocher tout et son contraire : d’être responsables de tous les maux de la Terre (Mitterrand disait : s’il pleut, c’est de ma faute) et d’avoir en même temps perdu le pouvoir au profit d’une clique financière mondialisée.

C’est presque un paradoxe : l’homme politique est généralement honnête, perfectionniste et attentif au bien commun. Mais il se retrouve bien souvent « à poil » devant l’opprobre généralisée du café du commerce.

Opinion parue dans levif.be le 8/03/2016.

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Santé

Money

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Pourfendre les forces de l’argent, celui qui corrompt tout, qui nous empêche de penser, qui fait oublier l’essentiel est certes un peu facile. Il faut éviter d’enfoncer des portes ouvertes.

Pourtant, de l’ensemble du secteur des soins de santé, remonte toujours davantage une longue plainte, une litanie presque.

En première ligne, les médecins, envahis de normes toujours plus tatillonnes et fatigués par des économies structurelles et récurrentes qu’on leur demande pour eux, leurs patients, leur hôpital.

La qualité de la médecine est dans toutes les bouches mais derrière le paiement à la performance et le coût-efficacité, se profilent des arguments purement financiers.

Les médecins sont toujours considérés doublement comme des postes de dépense : leurs honoraires, d’abord ; leurs prescriptions ensuite, même si ces dernières sont destinées à améliorer la santé de leurs patients. On attend beaucoup des économies induites par les synergies, l’efficacité, l’informatisation mais à chaque avancée dans ce domaine, de nouveaux « dérapages » budgétaires se profilent et il faut cracher au bassinet.

Depuis le gouvernement Tindemans (pour nos plus anciens lecteurs), combien de conclaves budgétaires, à Val-Duchesse ou ailleurs, quel que soit le parfum de la coalition en place : violette, arc-en-ciel, suédoise ? Des appellations très romantiques mais derrière lesquelles on cache une politique au scalpel.

Pas une décennie de répit. En milieu de semaine, le gouvernement Michel était à la recherche, une nouvelle fois, d’air frais pour le budget. Le trou de 2,2 (1,7 ?) milliards se décline en euros et la sécu va encore trinquer donc, sans doute les soins de santé.

Dans un entretien récent au Vif-l’Express, Maggie de Block assure qu’elle a obtenu un portefeuille ministériel de rêve mais pas un budget de rêve. On sent pointer la déception d’une ex-médecin généraliste elle aussi soumise aux forces financières. A-t-elle encore la force de résister ou bien se résigne-t-elle déjà ? Solidaris affirme qu’on ne pourra plus faire des milliards d’économie sans toucher à la chair du patient.

Pourtant, avec ses plus de 300.000 emplois et, largo sensu, près de 30 milliards de budget, la santé est avant tout un investissement. Que ferait le monde économique si les 3 millions de Belges qui travaillent émargeaient du budget de l’incapacité de travail ?

Combien de points de PIB gagnés que ces employés, ouvriers et indépendants en bonne santé pour la prospérité de notre économie ? Puisqu’il faut parler sans cesse de chiffres et de bilan analytique, il faudrait que nos gouvernants se l’enfoncent dans le tympan.Euro_coins_and_banknotes

 

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Quand tous les tunnels s’effondreront…

Quand tous les tunnels s'effondreront...

 

Il y a peu de raisons de se réjouir ces derniers temps dans la capitale belge. Alors, pointons derechef cette belle 21ème place mondiale occupée par Bruxelles en tant que « ville la plus vivable » du monde, selon une étude de Mercer qui vient de sortir.

Soyons de bon compte : à Bruxelles, de multiples centres bobos, gentryfiés ou structurellement bourgeois, ont poussé comme des champignons suite à une politique de rénovation tous azimuts. Pensons à la place communale de Saint-Gilles, le quartier Horta, Etterbeek, Berchem Saint-Agathe, le quartier Dansaert/quartier des quais, etc. On en oublierait presque le célèbre centre djihadiste Molenbeek dont les habitants échangeraient bien leur notoriété planétaire contre quelques heures de tranquillité.

Après le tout-voiture des Trente Glorieuses, on apprécie de redécouvrir de vraies promenades sur les boulevards imaginés par Léopold II au temps des fiacres et des crinolines. On aurait presque envie de féliciter les autorités bruxelloises de nous autoriser de nouveau à flâner voire à se bécoter. On attend impatiemment le réaménagement du Boulevard de la Woluwe…

Hélas, le revers de ce Bruxelles idyllique, c’est le burnout du navetteur, bruxellois ou pas, à l’heure où les tunnels s’écroulent les uns après les autres.

Qu’on imagine en Avignon, à Bruges ou à Mons, de vastes piétonniers, des centres historiques voitures interdites, des spectacles de rue, c’est une chose. Ce sont des villes d’art, des villes musées dont la raison d’être est le divertissement.

Mais Bruxelles a aussi d’autres missions essentielles. C’est le poumon administratif, politique et économique de la Belgique et la première capitale de l’Europe.

Or au nom d’une vision champêtre et d’un tonitruant « Bruxelles aux Bruxellois », les différents gouvernements de la Région (dans lesquels quasi tous les partis ont participé au festin) ont littéralement organisé l’étouffement de Bruxelles.

En réduisant l’espace dévolu à la voiture jusqu’à plus soif, en créant artificiellement des goulets d’étranglement, en remisant les nécessaires travaux d’entretien des infrastructures aux Calendes grecques, des technocrates endimanchés qui se rendent à pied à leur bureau d’étude grassement financé par le contribuable ont imaginé une ville idéale mais utopiste.

C’est à se demander si ceux qui les écoutent, politiciens au titre ronflant de ministre-président, n’ont pas organisé à dessein la lente déréliction des tunnels routiers. En attendant d’ailleurs qu’on ferme ceux du Ring Est et que les ponts (Van Praet…) et les viaducs (Hermann-Debroux…) soient fermés à leur tour. Après nous les mouches.

Leur pari ? Dégoûtons ces sagouins de navetteurs égocentriques en les immobilisant dans leur ignoble quatre-roues et ils se résoudront à utiliser les boîtes à sardine qui tiennent lieu à Bruxelles de transports en commun.

Pari perdu alors qu’aucune alternative transrégionale valable ne pointe à l’horizon et que l’offre de la STIB, méritoire certes, est totalement blindée aux heures de pointe.

Dès qu’une alternative de partage du parc automobile type Uber pointe son nez, elle est éliminée dans l’oeuf par nos idéologues jusqu’au-boutistes séduits par le lobby des taximen.

Pari perdu : les automobilistes continuent, souvent seuls dans leur SUV, de s’engouffrer à qui mieux mieux dans le pataquès. Charrue avant les boeufs : chasser la voiture d’abord, boucler le RER ensuite.

Sans virer poujadiste, cette mal-gouvernance, les autorités régionales successives la portent comme les Danaïdes condamnées à remplir leur seau troué.

Or, le jour où le livreur n’arrive plus à délivrer sa marchandise ; lorsque le vendeur n’atteint plus son client ; lorsque l’entreprise ou l’administration attendent vainement jusque 11 heures l’arrivée de leur personnel, c’est simple : c’est la mort économique de Bruxelles.

En attendant, entreprises et population aisée continuent leur exode vers la périphérie brabançonne qui accueillera avec bonheur leur feuille d’impôt, vidant encore plus les caisses de la capitale. Qui osera alors demander à la N-VA un refinancement de Bruxelles ?

L’abandon volontaire des tunnels bruxellois ? Une hypothèse désormais plausible…

 Opinion parue sur Le Vif.be le 24/02/2016
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Déchéance de nationalité : un symbole fort

Déchéance de nationalité : un symbole fort

Le débat qui agite la France et la Belgique en particulier à propos de la déchéance de la nationalité des soldats de l’Etat islamique qui rentrent au pays ne laisse pas d’étonner.

Officiellement, Christine Taubira, opposante farouche, en a lâché son poste de Garde des Sceaux pour mieux lancer son dernier livre. En Belgique, tandis qu’on a appris incidemment que ces returnees ont pleinement droit à notre sécurité sociale, la gauche de la gauche en mange son chapeau. Les opposants à la mesure estiment que cela ne servirait à rien. Que c’est un faux débat…

Lors du dernier Des Paroles et des Actes (France 2), la mère d’une convertie, mariée à un djihadiste, demandait à un Nicolas Sarkozy médusé si elle pourrait élever l’enfant né des oeuvres de sa fille et du facho-islamiste et si l’enfant serait français… La question avait quelque chose de surréaliste. Est-ce le cadet de nos soucis face à ces ennemis de l’intérieur ?

Certains parlent de ces tueurs comme s’il s’agissait d’expatriés qui ont tenté, que sais-je ?, l’aventure de l’aide au développement ou encore quelque touristes, entrepreneurs ou missionnaires jésuites.

Certains agitent déjà le spectre d’un Guantanamo belge.

Ces enfants chéris se feraient abuser sur la Toile ne comprenant qu’arrivés à Raqqa dans quel merdier ils se sont mis et ne penseraient alors qu’à une chose : revenir dans les bras de leur mère. On s’émeut qu’une fois au pays, on les mette au sec dans une cellule pour examiner leur dangerosité.

On croit rêver. Où est passée la morale de la responsabilité individuelle ?

Loin d’évacuer à l’avance des explications psychanalytiques ou des théories sur le phénomène sectaire qui nous aident à avancer. Loin de nier l’apport essentiel des associations de terrain qui travaillent à la déradicalisation, il faudrait remettre l’église au milieu du village.

Ces meurtriers, bien souvent nés chez nous, dans un environnement social loin d’être préoccupant, sont partis volontairement, animés par la haine de leur pays de naissance et bien décidés à apprendre à manier les armes pour nous détruire. Trahissant toutes les valeurs et les avantages offerts par nos sociétés démocratiques et tolérantes, déjà une petite dizaine d’entre eux ont inauguré l’attentat suicide sur sol européen tandis que, selon Le Figaro, 8.000 attendent, rien qu’en France, de nous occire.

Il est temps de s’émanciper de cette propension qu’ont certains à déifier les Droits de l’homme. Il n’y a pas de démocratie pour les ennemis de la démocratie. Ces énergumènes doivent être traités pour ce qu’ils sont.

Toute voie de droit doit être prise contre eux et la déchéance de la nationalité (et de tous les droits y afférents) pour tous les coupables de terrorisme naturalisés ou qui possèdent la double nationalité est une des armes juridiques que nous possédons. Elle doit être utilisée. Pour la création sui generis d’apatrides, faisons confiance à la créativité des juristes internationaux pour essayer de trouver une solution qui ne nous lie pas pieds et poings à ces djihadistes.

La déchéance de nationalité, même si elle ne concerne que quelques centaines d’individus, est un symbole fort pour les complices, soutiers, logisticiens, artificiers.

En parallèle, les perquisitions de nuit sont indispensables. De deux choses l’une : ou bien la personne perquisitionnée est innocente et il s’agit d’un acte d’une grande violence à son endroit ou bien elle est coupable et il n’y aucune raison de la laisser roupiller et risquer qu’elle nous échappe. Faudrait-il en plus lui apporter le petit déjeuner avec croissant ? De même, la garde à vue de 24 heures est insuffisante pour recueillir les preuves, comme l’a rappelé Georges Dallemagne sur les ondes de la RTBF et n’en déplaise à certains magistrats politisés.

C’est pourquoi, en matière d’hyper-terrorisme, il faut cesser ces débats stériles comme s’il s’agissait d’introduire une heure de gymnastique en plus dans les écoles. Cela nous divise face à la guerre idéologique qui doit être menée ensemble, toutes origines confondues.

L’Union fait la force.

 

Opinion parue dans LEvif.be le 16/02/2016

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2016 : dix raisons d’espérer

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Les Belges ont le moral au plus bas, selon plusieurs sondages. L’année 2015 est perçue comme l’annus horribilis. Et pourtant, il y a de nombreuses raisons d’espérer pour notre fédération, notre pays et notre continent. Une société a le devoir de rester optimiste pour échapper au déclin. Voici dix raisons d’espérer :

  1. L’économie. Selon l’Union wallonne des entreprises, nos PME se portent bien. L’image de la Belgique écornée à juste titre par les événements du Bataclan ne semble pas en souffrir dans ses capacités d’exportation. Notre pays reste une marque forte. Le chômage bruxellois et wallon, avec respectivement 18% et 13% de la population active est plus bas que jamais même s’il reste trop élevé chez les jeunes avec des taux, chez les moins de 25 ans, qui atteignent 26,8% à Bruxelles, 16,3% en Flandre et 31,6% en Wallonie. C’est contre ce fléau que la plateforme Alliance for Youth a signé mercredi dernier un partenariat avec les services publics en charge de l’emploi et de la formation. La plateforme rassemble des entreprises comme Nestlé, Axa, Adecco, EY, IBA, IBM, Securex et Sodexo rejoints par Deloitte et Engie. « En un an, 1.186 emplois et 560 stages ont été créés par les membres pour les travailleurs de moins de 30 ans », explique la plateforme. « L’objectif sera de créer 1.900 opportunités en 2016 pour ce public cible. »

2.La sécurité sociale. Véritable roc traversant les tempêtes financières, notre sécu tient bon. De nombreux peuples dans le monde nous l’envient. Même si la santé publique passe par-dessus la tête de nos compatriotes par ignorance, un récent accord entre médecins et mutuelles nous assure pour deux ans un accès très large et relativement bon marché à des soins de qualité. Et quand la santé va…

  1. L’Etat islamique. L’avenir le dira mais l’attaque de Paris a peut-être été son chant du cygne. En Syrie et en Irak, il subit des pertes importantes. Les « salaires » de ses djihadistes ont été rabotés de moitié. Ses ressources financières, notamment pétrolières, sont touchées. Une coalition rassemblant USA, France et Grande-Bretagne, collabore étroitement avec la Russie et les pays de la région pour bouter l’EI hors du Grand Moyen-Orient. Certes, telle une hydre, le mouvement terroriste millénariste peut renaître. Il se déplace sournoisement en Libye et rameute toute la lie du continent africain. Le combat sera long. Mais la défaite de Daesh est inéluctable. La secte facho-islamiste n’a pas les moyens de détruire les démocraties occidentales.
  2. Les migrants. Après une période d’euphorie qui a vu, une nouvelle fois, nos élites sombrer dans une certaine forme de délire empathique, l’heure est au pragmatisme. A l’exception du très crédule Jean-Claude Juncker et du gogo Louis Michel qui nous fait une énième colère feinte, les hommes politiques européens font face. Humanisme, oui ; angélisme non. Nos capacités d’accueil sont largement atteintes. Et les reconduites à la frontière ont commencé pour les imposteurs. Il faut dire qu’il était devenu difficile de nier l’aspiration des peuples. Les Belges par exemple font preuve d’une grande maturité face au phénomène migratoire. Dans un sondage IPSOS pour Le Soir et RTL-TVI, 96% pensent qu’on a accueilli trop ou suffisamment de migrants en Belgique. Seuls 4% pensent qu’on en accueille « trop peu ». Prescients, les sondés se déclarent tout à fait d’accord (52%) ou plutôt d’accord (29%) avec l’affirmation selon laquelle « l’afflux de réfugiés en Europe et en Belgique représente un problème pour notre façon de vivre ». Ils ne sont cependant que 30% à avoir réellement changé leur mode de vie. Cette prise de conscience n’aurait pas été possible sans les réseaux sociaux.
  3. La mobilité. Après la cacophonie autour de la fermeture du tunnel Stéphanie, il semble qu’ayant touché le fond, les autorités de la capitale européenne aient rebondi. Un plan est en place pour sauver les tunnels bruxellois, élément essentiel de la mobilité et donc de la prospérité de la Région de Bruxelles et de son Hinterland. On verra assez vite si les investissements déjà lourds et les nombreuses expropriations pour mettre à 4 voies les lignes Bruxelles-Nivelles et Bruxelles-Ottignies ne s’avèrent pas vains. L’abandon du RER sud est tout simplement inenvisageable. Et à entendre Paul Magnette, je gage qu’on le bouclera coûte que coûte.
  4. Le nationalisme flamand recule. Ni les Belges ni les Flamands ni même les électeurs de la N-VA ne suivent Bart De Wever dans sa quête chimèrique pour l’indépendance de la Flandre. Même s’il faut rester vigilant, le spectre de la disparition de la Belgique semble s’éloigner.
  5. L’Europe. L’idée qu’on ne peut pas tout faire au niveau européen et certainement pas le ramassage des ordures, fait son chemin. L’Europe est là pour les grands projets type Ariane Espace, Airbus, armée européenne et les niveaux national et régional pour les dossiers qui passent au-dessus de la tête des technocrates de Bruxelles. La stigmatisation teintée d’arrogance des Européens de l’Est par les Ouest-Européens semble aussi s’effilocher face au principe de réalité.

8.La pauvreté. C’est le paradoxe de la tant honnie mondialisation : ils sont des centaines de millions par an à sortir de la pauvreté grâce aux investissements internationaux. L’économiste sud-américain Hernando de Soto Polar ne cesse d’opposer des démentis à la nouvelle coqueluche de la télé, Thomas Piketty et ses théories : les pauvres ne meurent pas de trop de capital mais parce qu’ils en manquent.

  1. La science. Rien ne l’arrête. Après la découverte que l’autisme est largement d’origine génétique, on avance quant à l’origine « physiologique » de la schizophrénie. De quoi cesser de culpabiliser les parents comme on l’a fait depuis 30 ans. Les neurosciences ouvrent des champs immenses de guérison. Les médicaments « personnalisés » sans effets secondaires révolutionneront les thérapies au cours de ce siècle. La bactériologie ne cesse de progresser. Les maladies infectieuses sont en voie d’être maîtrisées. Après l’éradication de la polio, celle du paludisme ?
  2. L’art. D’illustres exemples historiques l’attestent : lorsque l’art se meurt, le déclin guette. Or notre continent foisonne d’initiatives dans toutes les formes artistiques. Les musées, salles de concert, théâtres, cinémas et expositions ne désemplissent pas.

Comme le dit Roger Pol-Droit dans son dernier livre*, rêver à un futur meilleur est une question de dignité humaine. C’est le meilleur antidote contre la décadence.

 

* « L’espoir a-t-il un avenir – En finir avec le pessimisme », Flammarion. (Avec Monique Atlan).

Opinion parue dans levif.be le 2/02/2016

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